Des royalistes dans les années 2020 ? Et jeunes par dessus le marché ! S’il est tentant d’imaginer un cercle d’aristos dégénérés, nostalgiques de perruques poudrées et autres carrosses rutilants, le maintien de l’Action française et son importance au sein de la fachosphère surprend. Malgré l’étude du mouvement réalisée par l’historien Jean-Paul Gautier11 jusqu’en 2000 ou un travail plus récent du sociologue Emmanuel Casajus2 portant sur sa section parisienne entre 2015 et 2017, l’Action française3 reste relativement méconnue. Le texte propose donc de dresser l’état des lieux d’une organisation qui continue d’attirer à elle une partie de la jeunesse nationaliste : L’Action française.
Première partie de cet article Défendre l’héritage en attendant l’héritier.
1ère partie : Défendre l’héritage en attendant l’héritier
2e partie : Une vieille maison plein de jeunes
Défendre l’héritage en attendant l’héritier
Avant même d’être royaliste, l’Action française (AF) entend être un outil politique destiné à maintenir la pensée de Charles Maurras. Elle perpétue encore et toujours les grands principes politiques posés par le théoricien, principes que nous ne détaillerons pas ici. S’appuyant sur une « loi » qu’elle considère « naturelle », l’AF est surtout une machine à contrer toute perspective d’émancipation. Son activité revêt une dimension métapolitique, malgré un principe fondateur annoncé : « Politique d’abord ». Il s’agit de propager un « état d’esprit royaliste » en attendant activement LA bonne crise. L’AF agit et manifeste, « par tous les moyens, même légaux », contre la République et la démocratie. Les maurrassiens opposent un « pays réel » – la France historique, héritière catholique de la civilisation gréco-romaine -, au « pays légal » – le régime républicain. Ils mettent la France avant tout et tout au service de l’idée qu’ils s’en font. Réduit à un objectif précis, jugé vital pour le pays et limité dans le temps, l’AF peut ponctuellement apporter son soutien à une politique nationaliste qui ne mènerait pas forcément à une conclusion monarchique. L’AF peut ainsi engager un travail unitaire avec des formations de sensibilités nationalistes différentes : c’est le fameux « compromis nationaliste ».
En dépit d’une prétention à s’appuyer sur le réel, l’AF ne renouvelle cependant en rien la pensée maurrassienne : elle se contente de la transmettre, aujourd’hui sur Instagram et sur Discord. École de formation et groupe d’agitation dès sa création avec son Institut d’Action française et ses Camelots du roi, l’AF entend maintenir ces deux piliers. Théorie et action, c’est probablement ce qui séduit encore une frange de la jeunesse nationaliste. Si ses militants se présentent parfois comme « aristotéliciens, thomistes et maurrassiens », il est néanmoins peu probable que ce soit sur ces bases que l’AF recrute dans la jeunesse.

Un fonctionnement pyramidal
Ouverte sur son époque et sans sectarisme, l’AF dispense les classiques canoniques maurrassiens, mais sans faire preuve d’aucune audace doctrinaire. Résultat : au sein de l’organisation, la « doctrine maurrassienne » cimente la « construction humaine à quatre niveaux », niveaux dont le secrétaire général rappelle en 2024 « l’efficacité » :
1/-À la base, le militant rattaché à une section : c’est la force vive du mouvement ;
2/-Le chef de section dont la mission consiste à recruter des sympathisants, les faire adhérer puis les former pour en faire des militants. D’où l’impératif de son bon niveau doctrinal suivi par l’École des cadres royalistes. Son bon niveau de formation est donc indispensable. La section est l’élément opérationnel du mouvement. Le chef de section organise toutes les actions d’une section et, en premier lieu, la vente du journal à la criée et les cercles de formation qui doivent être hebdomadaires. Et, bien sûr, collages et tractages ;
3/-Le président de fédération et ses adjoints dont la mission consiste à piloter (donc contrôler) les opérations menées par les sections et organiser des événements régionaux éventuellement avec d’autres fédérations. Il doit faire preuve de maturité stratégique. Il est membre de droit du Bureau exécutif, donc du Comité directeur qui désigne le secrétaire général ;
4/-Le Secrétaire général dirige les fédérations regroupées en zones Nord et Sud et les coordonne avec les pôles nationaux (communication, BNJ, formation, administratif, ressources dont sécurité).

Dans son livre, Emmanuel Casajus expose l’organisation interne de base avec « cette démultiplication de chefs et de responsabilités [qui] vise à impliquer et à fidéliser les militants en leur offrant une position gratifiante ». Vente du journal, diffusion de tract, organisation ponctuelle d’actions, formations internes : la vie militante, très réglée, peut être intense. Elle passe par un parcours de formation (stage, cercles, avec une hiérarchie dans les différents niveaux de formation). Les néo-militants à la recherche de repères politiques y trouvent de la matière, des relations de camaraderies et des formes de militantisme de terrain. Il est important de souligner que ce type d’encadrement, théorique et pratique constitue la seule offre nationaliste actuelle à l’échelle du pays. Une offre qui peine à faire rêver la jeunesse nationaliste à la fin des années 2000…
2012 : La divine surprise des Manifs pour tous
La jeunesse nationaliste se détournant du trône, les maurrassiens entament au plus mal les années 2010. Certaines sections jeunes recrutent à l’instar des Hauts-de-Seine où s’agrège une douzaine de militants. Elle offrira à l’AF un secrétaire-général étudiant , futur porte-parole de l’organisation (2016 – 2020) ainsi qu’un responsable national du service d’ordre officiant jusque vers 2023-2024. Force est de constater que le cœur (vendéen ou pas…) n’y est guère.
L’aubaine se présente cependant début 2010, tout d’abord quand plusieurs mobilisations sont lancées contre la christianophobie, visant essentiellement des pièces de théâtre. Quoi qu’en retrait derrière le Renouveau français et Civitas. les futurs jeunes cadres de l’AF y participent.
Arrivent ensuite les mobilisations contre le mariage homosexuel (2012), où les plus radicaux chercheront à déborder la déjà bien réac’ Manif pour tous. Lors du lancement en 2013 du Printemps français, ce sont plutôt les milieux catho-nationalistes proches d’Ichtus4 qui sont cités comme œuvrant à la constitution de cette nébuleuse radicale. L’AF revendiquera d’en être à l’initiative, en en donnant la paternité à son secrétaire général de la période 2013-2022. Flairant également de son côté une juteuse opération métapolitique, le Bloc identitaire et ses groupes locaux rattachés à Génération identitaire (GI) ne sont pas en reste pour mettre leurs compétences à disposition du mouvement. Tout le monde affirme ainsi « être en première ligne ». Le soufflé des Manifs pour tous retombé, l’Action française cherche depuis une « convergence des luttes » entre « électorat périphérique périurbain et bourgeoisie conservatrice ». Vaste chantier.

Une jeunesse qui rejoint l’Action Française mais se cherche encore
Dans ce contexte de Manifs pour tous, de Jour de colère et autres Bonnets rouges, l’offre radicale à droite s’est brusquement réduite. Subsistent l’Action française et Génération identitaire (GI). GI colle à son schéma habituel de coups d’éclat médiatiques focalisés sur l’immigration et l’islam. Mais se limiter à une activité de lanceurs d’alerte ne suffit cependant pas à combler les attentes d’une jeunesse qui s’est politisée dans les gaz lacrymogènes. Ces mobilisations longues ponctuées de manifestations massives qui focalisent le débat public offrent alors un cadre idéal de politisation. Conséquence de quoi, dans la foulée des Manifs pour tous, les sections jeunes de l’AF se renforcent ou se montent à partir des années 2014-2015 dans toute une série de villes, de Strasbourg à Lille, d’Avignon à Angers, de la Normandie à l’Allier.
Néanmoins, entre chanter qu’« à la France, il faut un roi » avec un bandana blanc autour du cou5 et penser réellement que la Restauration est l’unique perspective qui conviendrait intégralement à la France du 21e siècle, il y a un fossé. Emmanuel Casajus constate que l’investissement de nombre de ces militants relève d’un « faire semblant » : « les militants eux-mêmes peinent à […] concevoir la nécessité » du retour du roi. Grand mal leur prenne. C’est probablement la raison pour laquelle la postface de la brochure Pourquoi s’engager à l’Action française ? le martèle en 2020 : « Nous ne devons pas nous contenter d’être une excellente école de formation qui fournit des cadres à la droite et au camp national (…) Maurras sans le roi constitue une imposture ou une absurdité ».
En 1947, Maurras présentait l’Action française comme « la synthèse et ( …) le confluent de tout ce que le 19e avait élaboré de positif et de constructif ». Aujourd’hui, la direction le reconnaît : « L’état actuel de la société et de la civilisation exige une extension du socle intellectuel à des penseurs qui, pour n’être pas tous issus de l’Action française, nourrissent, enrichissent et consolident le combat qui nous requiert 6 ». Si, à l’époque où Casajus les suit (2015-2017), quelques jeunes roycos parisiens lorgnent un peu du côté des Identitaires, c’est plutôt une « gudardisation » de sa jeunesse que décrit Casajus : une « relation de soft power que le GUD 7 maintient sur l’Action française ». Au-delà de l’influence du GUD, la jeunesse d’AF ne fait pas exception à la tendance éclectique au national-syncrétisme. Aujourd’hui chez les jeunes roycos, Dominique Venner 8 est peut-être plus cité que Charles Maurras. Un jeune cadre peut ainsi, sans y voir la moindre contradiction, se mobiliser pour le maintien très bigot de la messe lors du confinement de novembre 2020 puis poser martialement l’année suivante en arborant le vegvisir 9 sur son T-shirt et en citant Venner : #NousVoulonsLaMesse Versus #paganspirit.

Maurras et mot « race »
Pour reprendre l’expression de JP Gautier en référence à la Nouvelle Action française (NAF) 10, la direction de l’AF a longtemps été marquée par le « syndrome nafiste ». Les tentatives pour dénicher un « nouveau Maurras », comme le fera une partie de sa jeunesse bousculée par mai 68, sont vues comme autant de remise en cause de la doctrine. La vieille direction se protège encore dans les années 90 de l’émergence de la jeune Génération Maurras. C’est pourtant cette génération de militants entrés à l’AF dans les années 80-90 qui finit par s’emparer de la vieille maison. Mais si la direction 2010-2020 peut enfin se débarrasser des « lourdes ambiguïtés des années 40 11 », c’est aussi pour mieux affirmer un maurrassisme décomplexé.
La question du racisme – et particulièrement de l’antisémitisme – reste cependant problématique. En 2018, le départ de résidus nostalgiques du pétainisme pour Amitié et Action française permet au CRAF-RN de clamer une nouvelle fois avoir abandonné toute forme de rhétorique antisémite. C’est oublier un peu vite que quelques années auparavant, le CRAF fricotait avec Alain Soral 12. Comme J-P Gautier le rappelle : « le nationalisme de Maurras a fourni le premier support à son antisémitisme. La xénophobie en a constitué le complément naturel 13 » . Les intellectuels d’Action française s’attachent ainsi à distinguer « l’antisémitisme d’État » de Maurras, acceptable à son époque et modéré face « l’antisémitisme de peau » des nazis et des collaborationnistes. Des formules qui peinent cependant à masquer la relativisation de l’antisémitisme tout court. L’AF cherchant coûte que coûte à se distinguer d’autres courants, elle reprend le mot de Maurras : « Nous sommes des nationalistes. Nous ne sommes pas des nationalistes allemands (…) on ne fera pas de nous des racistes ou des gobinistes 14 » . En 2021, l’AF rappelle qu’elle « n’est pas obsédée par le critère ethnique » et « n’adhère pas à l’idée d’identité européenne » dans son communiqué de soutien à Génération identitaire dissoute. C’est même au cri de « les nazis à Berlin ! » que, cette même année, son service d’ordre expulse le chef des Nationalistes, mouvement issu de l’Œuvre française, après une embrouille au pied de la statue de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris

Au-delà de quelques divergences au sein des extrêmes-droites, tout le monde se rejoint néanmoins sur la critique du « dogme de l’antiracisme » et partage une conclusion commune : « Loin d’être une chance, l’immigration est donc, en ce début de XXIe siècle, le problème le plus épineux que la France ait à résoudre ». Là où Maurras voit la main des francs-maçons, des juifs, des protestants et des métèques, l’AF d’aujourd’hui « continue […] d’observer avec soin quels intérêts (bons ou mauvais, constants ou inconstants) gouvernent la République sous les apparences de la volonté générale 15 » : Aujourd’hui, « la dérive oligarchique de la démocratie » se maintient, sous la « dictature des minorités : racialisme [NB : comprendre anti-racisme], LGBTXYZ, islamo-gauchisme, féminisme à géométrie variable ».

Depuis longtemps, l’AF n’a rien à craindre en matière d’élaborations doctrinales hétérodoxes venues de sa jeunesse. Peu concernée par les lectures expertes des intellectuels de la Nouvelle revue universelle fondée en 1920 par Jacques Bainville et qui cherche ce « qu’être maurrassien aujourd’hui » signifie, la jeunesse d’AF préfère chercher des traces de Maurras dans les séries ou les ouvrages d’heroic-fantasy, histoire de montrer encore une fois que « Maurras a toujours raison 16 ». Deux champs auraient pu être l’occasion de défrichements pour renouveler la pensée maurrassienne en ce début de 21ième siècle : le social et l’écologie. Mais ici encore, l’AF passe à côté, son secteur jeune ne bousculant en rien les vieilles lignes.
Écologie : on repeint le carrosse en vert
L’AF revendique parfois de s’être intéressée aux questions écolo dès les années 70-80. Son effort se concentre surtout sur la mise en opposition d’une fausse écologie (gauchiste) d’une vraie, une écologie « intégrale17 », conservatrice et traditionnelle. Son livret de campagne de 2019 18 aborde la question autour de l’articulation « enracinement, terroir, décroissance ». Le mouvement maurrassien se juge parfaitement prêt à s’atteler à la question, grâce à « sa double affiliation des positivistes qui font primer la raison et des contre-révolutionnaires qui s’attachent à la transmission ». Las, deux ans après sa sortie, « l’embryon doctrinal » que proposaient ces jeunes rédacteurs a avorté. Entre les jeunes conscients de la dimension anthropique du réchauffement et les vieux climato-sceptiques, trouver un terrain d’entente semble difficile. « Nous avons cette difficulté d’avoir un problème global et un échelon d’action national » reconnaît l’éphémère secrétaire général de 2022. La prise en considération de l’écologie se limite à des questions connues et déjà familières, bioéthique, préservation des terroirs, préoccupations identitaires et souverainisme, pour se contenter d’un appel maurrasso-compatible au « développement capétien », version monarchiste du développement durable. Ses propositions d’alternative à la croissance et au productivisme voudraient dessiner une « ère des nations et de la puissance verte » où le nucléaire constitue la solution incontournable. L’AF est ici conforme à la façon dont le reste des extrêmes-droites se saisit de la question, y compris au Rassemblement national : elle ne se distingue pas… mais fait corps avec le reste.

Social : du monde pour beurrer les sandwichs
En 2021, l’ex-porte-parole de l’AF le déplore : « nous ne traitons pas [la question sociale] en dehors de distribution de sandwichs dans la rue ». L’émergence d’un mouvement inédit comme les Gilets jaunes constitue une deuxième expérience politique forte pour les jeunes militants arrivés avec le souffle de la Manif pour tous. « Les Gilets jaunes (…) ont permis de confronter nos vues au pays réel et il faut bien l’avouer, nous étions parfois très éloignés de leurs préoccupations » reconnaissent les rédacteurs de Monarcho-punk, en 2023, éphémère fanzine succédant plus ou moins à la précédente initiative d’une revue limitée à quatre numéros, Créa(c)tion. Les Gilets jaunes les ont amenés à « s’intéresser plus ardemment à la question sociale ». L’articulation des questions sociales et identitaires (souvent réduite à l’immigration) est un marqueur entre les différents courants politiques des extrêmes-droites (pour simplifier, Marine Le Pen face à Eric Zemmour lors de la présidentielle de 2022). « La crispation autour de la question identitaire relève d’un « débat de luxe » (…) galvaudé par la droite bourgeoise et conservatrice » considèrent ces « monarcho-punks ». La question sociale prise en charge par les maurrassiens se réduit cependant souvent à un rabâchage de citations de René de La Tour du Pin 19 (1834-1924) et de Firmin Bacconnier 20(1874-1965).
Pourtant, 1968 avait permis aux jeunes royalistes de convoquer le « socialisme de Maurras ». Les « monarcho-punk » proposent 50 ans plus tard de penser « au-delà du fantasme » la « monarchie socialiste ». Chose convenue, c’est par un retour à Maurras que tout commence. Au final, les « axes stratégiques » proposés par ces jeunes et audacieux socialistes hétérodoxes ressemblent vaguement à un programme chevènementiste, l’obsession républicaine en moins. Le souverainisme reste en effet l’une des autres dimensions fortes de l’AF, notamment dans son rapport à l’Europe. Mais la référence au colbertisme demeure moins excitante que celle au Cercle Proudhon 21.
Pourquoi sont-ils si nuls ?
Au final, outre la redécouverte de la « participation » promue par le Général de Gaulle et des thèses du « pancapitalisme », nos jeunes socialo-maurrassiens se contentent de faire la promotion du droit à la propriété, de l’artisanat et de ses savoir-faire, du localisme et des communautés enracinées, où chacun reste à sa place, conformément à la loi naturelle. Un jeune militant de Lille 22 détaillait au côté de la future dirigeante du collectif Nemesis et au micro d’Égalité & Réconciliation, sa compréhension de l’articulation entre social, démocratie locale et monarchie : « Sous l’ancien régime, on votait beaucoup plus que sous la République (…) Sous la monarchie, on votait au niveau local, selon nos compétences, selon notre intérêt et pas au niveau national pour des choses qui ne nous concernent pas… où on n’est pas capable de se prononcer… par exemple… comment un menuisier, euh… pourrait se prononcer, sur des questions économiques, euh… par exemple au niveau de la SNCF… c’est là tout l’intérêt de remettre en place des parlements intermédiaires, des corporations… ». C’était en mai 2018, en pleine mobilisation des cheminots pour préserver leur statut et au-delà le statut de l’entreprise et du service public. De quoi en effet effrayer le « Pays légal » !
En 2019 comme en 2023, lors des mobilisations contre la réforme des retraites, l’AF revendique sa présence dans les cortèges syndicaux et ne redoute pas d’appeler à la grève générale. Le bulletin de l’Action française universitaire (aucune réalité militante) vante même sa tentative de blocage d’une fac à Poitiers. Si la presse d’AF ne bruisse pourtant pas beaucoup d’échos de boîtes, d’informations de correspondants sur les luttes ouvrières en cours, au-delà de la déploration convenue sur la désindustrialisation, elle proclame néanmoins des « incursions sur le front social »… Citons par exemple une piteuse occupation du toit de l’usine déserte de Latécoère à Toulouse, un samedi après-midi de 2019, pour protester contre l’OPA d’un fonds US, où douze d’entre eux finissent en garde-à-vue, sans avoir croisé aucun-e salarié-e de la boîte. Plus inédite, mais ponctuelle, une intervention de roycos mulhousains auprès de salarié-e-s d’une usine menacée de fermeture en 2022.

« Pourquoi sommes-nous si nuls ? » s’interrogeait Créa(c)tion en 2019 listant des éléments de réponses dans la paresse militante et intellectuelle, dans la division ou dans le consumérisme des modes militantes. Les roycos oublient manifestement que leur dernière expérience du syndicalisme remonte à une causerie de 1911 avec une poignée de syndicalistes-révolutionnaires… L’AF est déconnectée du « Pays réel » mais s’affiche « en première ligne » sur les réseaux sociaux. Elle rêverait pourtant de reproduire dans les mouvements sociaux son expérience du Printemps français, menée en terrain plus familier.
Deuxième partie de l’article Une vieille maison plein de jeunes
Une publication le REMED
CONTRE LES EXTRÊMES DROITES, SOYONS ENSEMBLE LE REMED !
Militant·e·s aux parcours associatifs, syndicaux et politiques divers, nous avons, depuis des années, mis nos forces en commun pour lutter contre les idées réactionnaires et les extrêmes droites.
Nous nous sommes retrouvé·e·s côte à côte dans les combats antifascistes uni·e·s par des idéaux communs et déterminé·e·s à faire face aux discours de haine et d’exclusion. Ces luttes ont été essentielles, elles ont permis de poser des bases solides de résistance et de maintenir un front uni.
Pourtant les idées racistes, antisociales et les violences qu’elles entraînent imprègnent le paysage politique. Elles s’affichent sans honte dans la rue et les médias. Elles pénètrent dans l’esprit de certain·e·s de nos camarades et dans de larges pans des classes populaires. Elles se glissent dans les urnes. Facilitée par le reflux des mobilisations sociales victorieuses, la banalisation de ces idées marginalise nos valeurs de progrès, de solidarité et d’émancipation.
Il n’y a aucune fatalité à une victoire des extrêmes droites, dans les têtes, dans la rue, dans les institutions !
Les antifascistes doivent repenser leurs stratégies, affiner leur communication et mieux mobiliser les classes populaires. Nous nous sommes réuni·e·s, sans chercher à remplacer d’autres organisations mais pour approfondir ensemble notre réflexion dans un esprit de camaraderie et de détermination. Notre projet est de construire le socle militant d’une riposte unitaire en outillant les organisations politiques, syndicales et associatives pour concevoir des stratégies d’action efficaces. Notre proposition est de mutualiser les analyses que nous tirons des dynamiques politiques en cours et des luttes actuelles ou passées, pour les partager et les diffuser. Notre REMED (Réseau d’Études et de Mobilisations contre les Extrêmes Droites) est au service des forces collectives capables de répondre, avec unité et détermination, aux défis qui s’imposent.
Uni·e·s, nous sommes Le REMED !
Pour nous contacter : le.remed@tutamail.com
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- Jean-Paul Gautier, 2002, La Restauration nationale, un mouvement royaliste sous la 5e République, Syllepse. ↩︎
- Emmanuel Casajus, 2023, Style et violence dans l’extrême-droite radicale, Cerf. ↩︎
- De son vrai nom Restauration nationale – Action française depuis la réunification de deux branches, à savoir le Centre
royaliste d’Action française (CRAF) et la Restauration nationale (RN). ↩︎ - Issue de la Cité catholique, une école de formation pour catholiques de choc. ↩︎
- …ou plus tendance, un cache-cou Lyle & Scot. ↩︎
- Le Bien Commun n° 32, L’engagement à l’Action française qui reprend la conclusion de la brochure Pourquoi s’engager à
l’Action française ↩︎ - Mouvement nationaliste étudiant né après mai 68, dont est issu Ordre nouveau. Plus connu pour sa violence que pour
l’analyse de ses analyses politiques . Cf : https://www.ripostes.org/du-neuf-avec-des-vieux-rats-le-gud-sort-des-egouts/ ↩︎ - Théoricien nationaliste à l’origine de la metapolitique de la Nouvelle droite. Il développe une vision païenne de l’Europe. ↩︎
- Boussole dite viking, symbole souvent rattaché à la mythologie nordique. ↩︎
- Organisa+on dissidente des années 70. ↩︎
- Nouvelle revue universelle n°65, Contestation « sociétale » et ac+on politique. ↩︎
- Sur la nébuleuse qui s’est constituée en 2009 lors des élections européennes autour de La Liste antisioniste, lire La galaxie Dieudonné, Déchot, Gautier, Briganti, Syllepse, 2011 ↩︎
- Jean-Paul Gautier, Charles Maurras et la xénophobie intégrale. ↩︎
- En référence à Arthur Gobineau, auteur français d’un Essai sur l’inégalité des races humaines, 1853. ↩︎
- Extrait des « Chroniques du dictionnaire maurrassien » parues dans l’AF 2000. ↩︎
- Exception à ce constat, reconnaissons cependant que le numéro deux d’un nouveau fanzine (mais probablement
éphémère), intitulé Metapo – signe des temps ! – réussit l’exploit de ne jamais citer Maurras dans ses recensions critiques et complètes de United Red Army, the Brutalist, L’Etabli et L’histoire de Souleymane, une programmation inattendue à première vue. ↩︎ - Force est de constater que dans le sillage du « nationalisme intégral » de Maurras, tout est intégral à l’AF. ↩︎
- Il sera plus tard édité sous forme de la brochure : Quelle écologie pour demain ? ↩︎
- Chantre du catholicisme social et théoricien du corporatisme. ↩︎
- Disciple du précédent, et propagandiste corporatiste. ↩︎
- Colbertisme : doctrine économique protectionniste issue de la politique de Colbert, contrôleur des finances de Louis XIV ; Cercle Proudhon : regroupement éphémère de maurrassiens et de syndicalistes-révolutionnaires dans les années 1910. ↩︎
- Passé par Lyon, futur porte-parole et bientôt Manager Opérationnel Production Planning et Scheduling chez ArcelorMital. ↩︎
1 réflexion au sujet de « Aujourd’hui l’Anarchie, bientôt la Monarchie ? Une jeunesse d’Action française »
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