Bien que dissous en juin 2024, « l’esprit » du GUD continue de marquer les jeunes générations d’extrême droite. La version que nous avons connue ces 25 dernières années n’a cependant plus grand-chose à voir avec le GUD des années 70-80-90 1. Pourtant les médias, quand ils évoquent cette structure, continuent de faire référence à ces années. Retour sur deux décennies chaotiques.
On peut situer le déclin de la période faste du GUD à la fin des années 90, quand Frédéric Châtillon (chef et membre du GUD de 1991 à 1995) et Axel Loustau quittent la direction du mouvement nationaliste, pour se lancer dans les affaires (leur société commune RIWAL est créée en 1995). Ils s’éloignent alors pour quelques temps de l’activisme militant. A cette époque le mouvement compte des sections dans plusieurs villes de France et un nombre de militants et sympathisants que l’on peut estimer entre 100 et 200. Le GUD possède quelques ressources financières notamment en louant ses bras comme Service d’Ordre et colleurs d’affiches pour la campagne électorale d’Edouard Balladur, premier ministre et candidat à la présidentielle du RPR en 19952 2.

L’après Chatillon / Lousteau s’avère assez instable. Ni Guillaume Coudroy (1995-1998) ni Benoît Fleury (1998-1999) ou plus tard Gaëtan Dirand 3 (2000-2002) ne parviennent à stopper le déclin du GUD. Après avoir participé au lancement d’Unité Radicale 4 en 1998, les gudards s’en éloignent rapidement, ne souhaitant pas devenir un simple satellite pour le mouvement nationaliste révolutionnaire. Mais ce choix a pour conséquence la disparition de nombreuses sections dans les villes universitaires. Sur Paris le GUD finit par perdre son local à Assas et se marginalise en s’embourbant dans les guerres de clans qui apparaissent lorsqu’éclatera la scission au Front National avec le MNR 5. La parution du numéro 5 du journal du GUD Jusqu’à Nouvel Ordre en 2002 constitue ainsi le dernier signe d’activité du groupuscule.
Pendant prés d’une décennie, le nom GUD n’est plus utilisé. Émerge bien un syndicat d’étudiants d’extrême droite intitulé RED (Rassemblement de Étudiants de Droite) mais sa courte existence et sa ligne politique peuvent difficilement en faire un héritier du GUD. Le RED peut tout au plus être vu comme un lointain ancêtre de la Cocarde.
Début 2010, il se murmure dans les rangs de l’extrême droite qu’Édouard Klein, passé par le RED et dont les parents sont d’anciens militants de la mouvance nationaliste 6, souhaite relancer le GUD, sur une position anti-gauchiste et anti-musulman. Plus surprenant, on apprend que Klein aurait pris contact avec le groupuscule d’extrême droite la Ligue de Défense Juive 7 ainsi qu’avec Alexandre Gitakos 8, ancien de l’UNI connu pour ses positions atlantistes et pro-Israël, le tout pour former une alliance. Un comble si l’on se réfère aux décennies précédentes du GUD ! Finalement en 2010 le GUD renaît bien de ses cendres sous la direction d’Édouard Klein, mais sous une ligne idéologique plus conforme à son histoire. Un retour et une ligne politique validés par Frédéric Châtillon qui repointe le bout de son nez avec Axel Loustau 9 dans la sphère nationaliste. Les deux compères entendent bien lier business 10 et politique 11 et se replonger dans leurs folles années. Ils ne vont pas hésiter à se déplacer avec quelques anciens des générations précédentes sur des manifestations pour confirmer la légitimité de Klein et ses copains et s’assurer que rien ne leur arrive de grave 12.

Dans la foulée apparaissent également un GUD à Lyon et à Nancy. Fort logiquement ce GUD sera très proche du Front National, puisque Châtillon et Loustau ont déjà entamé leur travail d’entrisme dans l’appareil du FN pour faire du business. On se rappellera ainsi de l’apparition du GUD le 8 décembre 2012 à la soirée d’anniversaire de la fondation du FN, où l’on retrouve toute la clique de Klein posant en compagnie de Julien Rochedy, alors membre de la direction du FNJ 13. En juin 2012, Edouard Klein transmet la tête du GUD à une nouvelle équipe, Logan « Duce » Djian sur Paris et Steven Bissuel sur Lyon. Si Logan est issu des tribunes Boulogne, tous les deux sont passés dans les Jeunesses Nationalistes d’Alexandre Gabriac. Politiquement la ligne se durcit et à Paris comme à Lyon, le GUD va chercher des alliances hors du FN. Parmi les événements marquant de cette période, on retiendra l’ouverture à Paris d’un bar « Le Crabe-tambour » avec l’aide financière de Chatillon et Loustau 14, l’organisation d’un rassemblement européen avec des mouvements comme Casapound ou le MAS. La fin de cycle de ce GUD est également marquée par le passage à tabac d’Edouard Klein 15 par Logan Djian et Loïk Le Priol 16. Logan commençant à cumuler les problèmes judiciaires vers 2015-2016, il se fait désormais discret. Il déménage sur Lyon pour se lancer lui aussi dans le business 17, avant de rejoindre Rome où l’attend Frédéric Chatillon.

Fort logiquement , la direction nationale du GUD 18 se délocalise à cette période sur Lyon. Le GUD Paris continue d’exister 19, mais connaît une sérieuse baisse d’effectif et semble très jeune. En juin 2017 le GUD Lyon décide de se lancer dans un nouveau projet, le Bastion Social, mais en écartant le GUD Paris de l’initiative, qualifié de « bras-cassés » par Bissuel 20. Ce GUD Paris vivote mais sans la légitimité que Loustau et Châtillon ne leur a pas accordée. Il faut dire que ce GUD, qui ressemble plus à une bande affinitaire qu’à un groupe politique et attire des militants nationalistes de différentes structures (Action Française, Identitaires…) désireux de faire le coup de poing sans impliquer leur organisation respective.

L’étiquette GUD Paris disparaît 21 alors au profit de l’appellation Zouaves Paris durant l’année 2018. C’est avec les manifestations du mouvement des Gilets Jaunes que les Zouaves vont faire parler d’eux à travers plusieurs affrontements avec des groupes antifas ou des organisations politiques de gauche. Dans les années qui suivent, les Zouaves Paris s’illustrent par leur violence contre des personnes d’origines étrangères ou des membres du mouvement social. Apothéose de lâcheté et de ridicule, ils passeront à la postérité en décembre 2021, en tabassant devant les caméras de télévision des militantes de SOS Racisme venues perturber la réunion d’Éric Zemmour. Malgré l’accumulation de procès, les Zouaves de Marc de Caqueray vont continuer d’apparaître dans des manifestations comme la Marche Saint-Geneviève, les manifs de la mouvance Manif pour tous ou encore les cortèges contre le pass sanitaire de Florian Philippot.

C’est à l’occasion d’une manifestation de la Manif pour Tous en novembre/décembre 2022, que le GUD Paris officialise son retour, en se constituant sur la base des Zouaves Paris. Cette fois-ci cette renaissance semble avoir l’accord complet du duo Chatillon/Lousteau, puisqu’on retrouve à la tête du GUD, en compagnie de Marc de Caqueray 22, Gabriel Loustau, le fils d’Axel Loustau. Ce dernier apparaît à la manœuvre le 11 mai 2024, pour coordonner le défilé du C9M 23. Le GUD redevient alors une structure propriété du duo Loustau/Chatillon.
La dissolution du GUD en juin 2024 ne changera rien à cela. Les réseaux de fonctionnement et de recrutement ainsi que l’esprit du GUD continueront d’exister sous une autre appellation. Cette structure a été privatisée depuis maintenant presque 15 ans par le duo Chatillon/Loustau. Il ne s’agit pas seulement de nostalgie en souvenir des années où ils faisaient le coup de poing sur les facs. C’est également pour le duo un moyen de repérer les éléments prometteurs de la jeunesse nationaliste radicale, capables de faire le coup de poing dans la rue, mais aussi de se lancer dans les affaires, quitte à leur mettre le pied à l’étrier. Une sorte de rite initiatique pour faire ses preuves.
Taz
Notes
- Nous ne pouvons que conseiller de lire l’articles de Nicolas Lebourg sur le GUD : https://tempspresents.com/2010/02/06/nicolas-lebourg-odyssee-des-rats-noirs-voyage-au-coeur-du-g-u-d/ ou encore ce qui a été écrit il y a une vingtaine d’années dans l’ouvrage Bêtes et Méchant : https://reflexes.samizdat.net/groupe- union-defense-gud/ ainsi que les articles du site de REFLEXes ↩︎
- Le GUD avait fait le SO et coller des affiches auparavant pour Raymond Barre en 1988
https://reflexes.samizdat.net/le-gud-tente-de-renaitre-de-ses-cendres/ ↩︎ - La personnalité assez instable du garçon et sa propension à foutre le bordel partout où il passait n’a sans doute pas aider à rassembler autour de lui : https://reflexes.samizdat.net/le-rock-identitaire-francais-5 ↩︎
- Groupuscule nationaliste révolutionnaire prenant la suite de Nouvelle Résistance, sur une ligne plus droitière en tentant de réunir des anciens de l’OF, la mouvance skin d’extrême droite, les militants NR et le GUD. ↩︎
- Ils colleront gratuitement pour le FN mais se feront payer pour le MNR pour les présidentielles de 2002. ↩︎
- Son père est un ancien du GUD, qui participa à la descente du GUD sur la Fac de Nanterre du 15 décembre 1980. Sa mère était militante à Ordre Nouveau. ↩︎
- Il semblerait que cette tentative d’alliance était en partie motivée par l’idée de ne pas se faire casser la gueule par la LDJ. ↩︎
- https://reflexes.samizdat.net/elections-aux-crous-2010-la-droite-universitaire-a-la-croisee-des-chemins/ ↩︎
- https://reflexes.samizdat.net/loustau-le-vigile-de-marine-le-pen/ ↩︎
- On retrouvera des membres du GUD de l’époque comme le skinhead néonazi Baptiste Coquelle dans la société
Vendôme Sécurité, propriété d’Axel Loustau. ↩︎ - La plupart des médias ignorent alors les identités de Châtillon et Loustau. Il faudra attendre leur volonté de se lancer dans le business des SMP (Société Militaire Privée) pour qu’un dossier (avec photos, documents et biographies) circulent dans les rédactions parisiennes. Un message envoyé par certains milieux économiques et des services de l’État pour leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas à mettre un pied dans ce business juteux mais au combien stratégique. ↩︎
- On pense à la manifestation « Une autre jeunesse » des Identitaires fin octobre 2010 à Paris ou encore un rassemblement en soutien à la Syrie à la même période / https://reflexes.samizdat.net/une-autre-jeunesse ↩︎
- https://reflexes.samizdat.net/quand-le-gud-paris-se-la-coule-douce-au-front-national-de-marine-le-pen/ ↩︎
- https://www.slate.fr/story/116375/panama-papers-voyage-coeur-gud ↩︎
- Dans la nuit du 8 au 9 octobre 2015 un groupe de gudards emmené par Logan Djian et Loïk Le Priol vont passer à tabac Édouard Klein et filmer la scène. L’origine de l’expédition punitive serait une sombre histoire de rivalité amoureuse. ↩︎
- https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/qui-est-loik-le-priol-principal-suspect-de-l-assassinat-du-rugbyman- federico-martin-aramburu_5039276.html ↩︎
- Il sera à la tête d’un salon de tatouage « Point d’encrage » à Lyon à partir de septembre 2016. ↩︎
- https://reflexes.samizdat.net/gud-lyon-le-rescape-des-dissolutions/ ↩︎
- Ils feront par exemple le SO volant du meeting de Marine Le Pen pour les présidentielles du 2017 et colleront des affiches pour le FN. ↩︎
- Cela n’empêchera pas de voir Marc De Caqueray, naviguant entre l’AF et le GUD Paris à l’époque, être présent à plusieurs reprises au local de l’Action Française à Marseille rue de Navarin. ↩︎
- Là encore pour éviter des problèmes avec la justice à la suite d’une attaque menée contre le Lycée Autogéré de Paris par Marc de Caqueray le 16 mars 2018, le groupuscule juge utile de changer de nom. ↩︎
- https://www.lalettre.fr/fr/entreprises/2024/07/30/dans-le-finistere-le-neonazi-marc-de-cacqueray-valmenier-veille- sur-l-ile-de-vincent-bollore,110273567-gel ↩︎
- Manifestation en hommage à Sébastien Dezieu, à la fois militant nationaliste membre de l’Œuvre Française mais également un skinhead d’extrême droite proche des JNR parisiens. Il est tombé du toit d’un immeuble pour échapper à la police lors d’une manifestation le 7 mai 1994, organisée par le GUD (avec à sa tête Frédéric Châtillon), les JNR de Serge « Batskin » Ayoub et l’Œuvre Française pour protester contre l’anniversaire du débarquement allié en 1944 en Normandie. ↩︎
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