Le Fonds pour une presse libre (FPL) a publié jeudi 19 mars 2026 son premier livre : « Le Procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal », aux Éditions du Détour. Un livre combat et d’intervention qui raconte l’ampleur de l’empire politico-médiatique de Vincent Bolloré et ce que peut produire sur chacune et chacun de nous cet empire de la haine. Découvrez les bonnes feuilles.
Le Fonds pour une presse libre a publié son premier livre : « Le Procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal », aux Éditions du Détour.
Un livre collectif de combat et d’intervention qui raconte, non seulement l’ampleur de l’empire politico-médiatique du milliardaire breton mais aussi ce que peut produire sur chacune et chacun de nous cet empire de la haine. François Bonnet, président du FPL a rédigé une préface inédite à ce livre. Découvrez-en les bonnes feuilles
[…] Vincent Bolloré a construit méthodiquement un groupe politico-médiatique qui ne cesse de progresser et de se professionnaliser. Et cette galaxie réactionnaire aimante quelques autres médias, certes beaucoup plus confidentiels mais qui permettent de toucher les publics des diverses extrêmes droites. Frontières, L’Incorrect, Boulevard Voltaire, Causeur et quelques autres sont autant de relais dont les contributeurs sont d’ailleurs les invités réguliers des plateaux de CNews ou Europe 1. Marginale dans tous les cas, tant les débats de plateaux occupent les antennes et les éditoriaux la presse écrite, l’information ne peut exister dans les médias Bolloré que si elle vient servir les obsessions politiques de leurs animateurs et dirigeants. Immigration, islamisation de la France, insécurité : c’est le triptyque obsessionnel de base. À cela s’ajoutent quelques classiques indispensables : la haine de l’impôt, la haine des « assistés », la dénonciation des socialistes « incompétents », des écologistes « dingues » et des « antisémites » de LFI. Sans oublier Macron dont le « seul but » serait de barrer la route à Jordan Bardella. Enfin, ne surtout pas oublier le « wokisme », ce destructeur de l’identité française, cette cinquième colonne en mission pour détruire les valeurs de l’Occident…
L’écrivain Philippe Sollers (1936-2023) aurait sans doute appelé tout ce fatras « la France moisie », comme il s’en était expliqué dans une célèbre tribune au journal Le Monde, le 28 janvier 1999 : « La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes. »
Mais la force et la réussite du groupe politico-médiatique Bolloré est d’avoir rafraîchi le nauséabond en cassant les codes conformistes des chaînes d’information pour y installer (au prétexte du débat et de la « liberté d’expression ») le scandale, l’hystérie, la dénonciation et la désinformation. C’est un rythme nouveau qui a été créé, une ambiance de conflit permanent, de catastrophes et d’apocalypse — celle d’un pays (d’une civilisation) vacillant chaque matin au bord du gouffre qui ne manquera pas de l’aspirer.
Une machine de propagande
Chef de colonne sur CNews, Pascal Praud sonne le clairon tous les matins sur un thème ou sur une personne. Le programme est fait, les médias embrayeront sur ce thème, un jour, deux jours, trois jours s’il le faut. Découpées en pastilles, les séquences audiovisuelles de CNews et Europe 1 sont bombardées pour occuper les réseaux sociaux. Et Le JDD relancera en fin de semaine. C’est cette dynamique, jouant de la complémentarité des différents médias, appuyés par les armées de comptes sur les réseaux sociaux qui permet, par exemple, à un Philippe de Villiers, oublié durant trente ans, de réoccuper le terrain. Faire du neuf avec du vieux, avec du « moisi » : la très moderne machine de propagande du groupe Bolloré y est parvenue, installant au centre du débat public une réalité parallèle. « CNews raconte la vérité », a osé Vincent Bolloré devant une commission d’enquête parlementaire. Pourquoi n’oserait-il pas d’ailleurs, quand un important conseiller de l’Élysée expliquait doctement que « CNews raconte la France », pour justifier la passivité bienveillante du pouvoir face à un tel groupe ?
Invectiver plutôt qu’informer, salir plutôt que débattre
Car beaucoup de ceux qui ont tenté de s’y opposer, de défendre l’information contre l’opinion, les faits contre les post-vérités, le pluralisme contre la voix de son maître, ont eu à connaître l’arme ultime de ces médias : des campagnes soigneusement coordonnées visant à les discréditer et à les surexposer au pire des réseaux sociaux. Quelques semaines avant son décès, en juin 2024, Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières, subit les foudres des médias Bolloré. Un débat traquenard chez Pascal Praud a lancé l’offensive contre celui désormais qualifié de « ministre de la Censure ». Europe 1 a poursuivi. Plusieurs débats, les jours suivants, et la une du Journal du Dimanche pour finir… Invectiver plutôt qu’informer, salir plutôt que débattre.
À plus grande échelle encore, l’audiovisuel public, ses diri- geants et deux de ses journalistes, Patrick Cohen et Thomas Legrand, ont été l’objet d’une campagne de désinformation massive tout au long de l’automne 2025 : des dizaines d’émissions, des centaines d’articles, des écoutes illégales de conversations privées et, pour la première fois, le relais actif d’un député de droite extrême, rapporteur d’une commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Pour la première fois, il devenait possible de voir ce que pouvaient produire les actions conjointes d’un groupe politico-médiatique et d’un groupe parlementaire de droite radicale…
« On se constitue en peuple par des combats communs ou des actes de solidarité, mais aussi par des ressentiments partagés et des opinions manipulées. Et aujourd’hui, c’est le peuple du ressentiment fabriqué par les milliardaires qui tient le haut du pavé », expliquait, le 25 août 2025, le philosophe Jacques Rancière au journal Le Monde.1
Le ressentiment est l’un des principaux carburants de l’extrême droite. Et ses corollaires sont la haine, la vengeance, la fureur ou la violence. En 2018, Steve Bannon le savait parfaitement quand il théorisait son « inonder la zone de merde ». Sept ans plus tard, voilà que l’extrémiste se penchait sur notre cas : « La France se dirige vers la guerre civile », prédisait-il le 15 décembre 2025, dans une interview au Journal du Dimanche— journal qui prit grand soin de publier ce titre à sa une.
François Bonnet, président du Fonds pour une presse libre
1. «Jacques Rancière, philosophe : “Aujourd’hui, le peuple du ressentiment fabriqué par les milliardaires tient le haut du pavé.” », propos recueillis par Nicolas Truong.

Le livre « Le Procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal », ouvrage collectif coordonné par le FPL, est édité aux éditions du Détour, au prix de 10 euros.
En vente dans toutes les vraies librairies.
Vérifiez si le livre est disponible dans votre librairie préférée sur le site Place des libraires.
A retrouver également en vidéo sur la chaîne Alterscope le procès fictif
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