L’antifascisme, comme le barrage électoral, ne se décrète pas. Il doit se construire comme un bien commun, sans que des volontés d’hégémonie quelles qu’elles soient ne se manifestent, sans sectarisme et dans le respect des diversités, mais sans tarder. Il y a urgence.
Le R-Haine et ses alliés se sont emparés de plusieurs dizaines de villes petites et moyennes, lors des élections municipales de mars 2026, bien loin des centaines crânement annoncées avant le scrutin. Mais il faut reconnaître que le choix du bulletin de vote pour une liste d’extrême droite s’est encore accentué à cette occasion, là où les listes du R-Haine étaient présentes.
Le raz-de-marée annoncé n’a pas eu lieu. C’est essentiellement dû aux faiblesses de l’implantation locale du R-Haine dans nombre de régions et de départements. Au final, ce ne sont que quelques centaines de listes sous étiquette R-Haine (ou de celle de son vassal UDR) – vraisemblablement autour de 500 – qui ont concouru lors de ce scrutin, dans les communes de plus de 3000 habitants. Qu’en aurait-il été si ces formations avaient eu la possibilité de se présenter dans 2 à 3 fois plus de villes ?
Cet instantané, même partiel, de l’avancée électorale de l’extrême droite ne peut que nous alerter davantage sur la marée brune qui ne cesse de monter mais, avant toute chose, nous devons nous interroger sur les symptômes du désastre annoncé. Pour y réagir avec d’autant plus de force.
Car, pour empêcher la prise de pouvoir par l’extrême droite, les urnes et les échéances électorales ne peuvent et ne doivent pas absorber l’essentiel de nos énergies. C’est une évidence quand on assiste à la confrontation des formations politiques qui s’affirment de gauche, quand on observe que la lutte des places et le débordement des egos les animent en priorité, dans une spirale électoraliste délétère qui n’annonce rien de bon.
Le combat antifasciste est un combat quotidien qui, à l’inverse, anime nombre de structures syndicales, de mouvements de jeunesse et d’associations citoyennes. Depuis le début de cette année, plusieurs appels, initiatives et regroupements vont, en ordre dispersé, dans le sens d’une large mobilisation pour agir à la racine de tous les maux qui favorisent le projet xénophobe et raciste du R-Haine et de toutes les droites qui lui courent après.
Parmi ces appels, celui lancé début mars par la plupart des syndicats de salarié·e·s et les principales associations nationales1, dont le contenu et la force unitaire qu’il sous-tendait demeurent totalement d’actualité :
« L’extrême droite ne sort pas de nulle part. Elle se nourrit du déclassement, des territoires abandonnés, du travail qui ne paie plus, des services publics qui ferment. Elle grandit aussi lorsque le débat public se laisse enfermer dans ses thèmes, lorsque la stigmatisation, souvent traversée par le racisme, l’emporte sur la recherche de solutions. (…) L’extrême droite avance là où l’on renonce à la justice sociale, aux services publics et à la démocratie. Lui faire barrage ne se décrète pas. Cela se construit. Maintenant.»
Réunies à l’initiative d’ATTAC, de la Fondation Copernic, de l’Animation des collectifs NFP et Victoires Populaires, le 25 mars dernier, une quarantaine de structures syndicales et associatives appellent à « Sortir de la sidération et à reprendre l’initiative ».
La Digue, qui jusqu’à présent représentait pour l’essentiel un mouvement d’élus contre l’extrême droite, semble vouloir désormais élargir son champ d’action à toute la société civile.
Enfin, la réaction salutaire aux tombereaux d’insultes racistes qui ont visé les maires issus de la diversité, lors des dernières Municipales, a également permis de remettre en avant, avec force et détermination, la lutte contre le racisme sous toutes ses formes et toutes ses expressions.
L’appel lancé, plus particulièrement, par le nouveau maire de Saint-Denis/Pierrefitte, Bally Bagayoko, le 4 avril, qui s’est revendiqué antiraciste et féministe, devant des milliers de manifestant·e·s, pour de nouvelles initiatives contre le racisme et la montée du fascisme, est de première importance.
Devant cette multiplication des appels et des initiatives – et si nous ne voulons pas que la situation de bunkérisation qui prévaut du côté des partis ne se reproduise dramatiquement du côté des associations et des syndicats – ne serait-il pas temps de fonder l’appel des appels ou l’initiative des initiatives, de converger toutes et tous ensemble, par le biais d’un socle commun vers un front antiraciste et antifasciste le plus massif et unitaire possible ?
L’antifascisme, comme le barrage électoral, ne se décrète pas. Il doit se construire comme un bien commun, sans que des volontés d’hégémonie quelles qu’elles soient ne se manifestent, sans sectarisme et dans le respect des diversités, mais sans tarder. Il y a urgence.
Nous savons ce que nous avons en commun. Ces communs représentent une force immense. C’est à nous de la mettre en mouvement.
L’ÉQUIPE D’ANIMATION DE RIPOSTES
- «Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires»
https://www.ripostes.org/ne-laissons-pas-lextreme-droite-decider-de-lavenir-de-nos-territoires/ ↩︎