Simon Duteil, syndicaliste et historien, trace des pistes pour une réponse syndicale à la montée de l’extrême droite dans ce billet du Blog de Mediapart.
Le syndicalisme a retrouvé une forme de centralité depuis la mobilisation unitaire de 2023 sur les retraites. Mais comment être à la hauteur pour répondre ensemble aux urgences écologiques, sociales et aux menaces d’une prévisible prise du pouvoir d’Etat par l’extrême-droite ? Quelques pistes et propositions d’urgences pour bien commencer 2026.
L’incendie se répand…
Nous sommes au début d’une crise écologique profonde qui provoque des changements environnementaux dans le monde entier, crise liée à la goinfrerie énergétique et à la course aux profits sans limite du capitalisme. Nous commençons durement à en vivre les répercussions quotidiennes.
C’est ce même système capitaliste qui permet aujourd’hui d’accroître les écarts de richesses au profit de l’accaparement de milliardaires pendant qu’une partie croissante de la population, à toutes les échelles, subit la pauvreté, la faim et la dégradation accélérée des services publics les plus basiques comme ceux de la santé ou de l’éducation.
A ce contexte s’ajoutent les conflits militaires, parfois liés au contrôle de ressources en matières premières qui alimentent notre système économique et le renouveau des guerres coloniales et impériales.
La question de la démocratie qui semblait, malgré toutes ses imperfections, progresser ces dernières décennies subit un net repli avec le retour massif au pouvoir de l’extrême-droite sur l’ensemble de la planète. Là où l’influence de l’extrême-droite progresse, ce sont aussi les systèmes de dominations patriarcales, racistes, lgbtqiphobes et validistes qui se renforcent.
On ne peut en quelques lignes faire le tour des crises que nous traversons, de leurs causes et de leurs conséquences. Mais nous avons clairement, peut-être autour de 2020, depuis le COVID, commencé à changer d’époque.
En France, la montée en puissance de l’extrême-droite fait (et fera) l’enjeu de débats, d’analyses et d’interprétations. Ce qui est sûr c’est qu’elle devient dominante et est en capacité de prendre le contrôle de l’appareil d’Etat. Cela avec le soutien d’une partie croissante de la population dans des territoires où il n’y a presque plus de contradiction et dans les lieux de travail où il n’y a plus assez de répondant et de collectif pour proposer une autre perspective que les solutions de sauvegarde individuelles et la loi des patrons. Cette poussée fascisante est aussi le fait de milliardaires qui la soutiennent activement par idéologie et pragmatisme : il leur faut pouvoir défendre d’autant plus violemment les destructions, les inégalités et les accaparements du commun qui composent leur fortune en ces temps de crise. L’avenir a rarement été aussi sombre.
… et risque de tout consumer
Si l’histoire ne repasse pas les plats, elle nous donne une connaissance profonde de ce à quoi nous aurions à faire face d’un point de vue des grandes orientations, tout comme nous voyons au-delà des particularismes locaux ce qui se passe actuellement des Etats-Unis à l’Inde, de l’Argentine à la Hongrie, de l’Italie à la Turquie…
Les conséquences seront les mêmes qu’ailleurs : politiques discriminatoires et notamment racistes assumées, attaques contre les droits et conquis sociaux, remise en cause de l’Etat de droit, régression des libertés individuelles publiques, stigmatisation et criminalisation du militantisme, attaque contre les droits, libertés et moyens des organisations syndicales, sur fond d’une politique pro-patronale et anti-écologiste violente destinée à sauver les meubles du capitalisme.
La victoire de l’extrême-droite serait une régression sans précédent. Nous en vivons actuellement seulement les prémices qui se traduisent déjà par une hausse importante des violences politiques, symboliques et physiques.
Dans ce scénario de défaite, nous allons devoir consacrer un temps monstrueux à nous défendre, à faire face à une répression et à une criminalisation accrue. Sans alliances, toutes nos structures n’y survivront pas. Nous n’avons aucune idée de ce qu’il faudrait faire pour en sortir.
Le syndicalisme, central pour faire digue
La question brûlante, l’urgence vitale est bien celle de notre capacité à faire face. Si nous partageons le constat de l’urgence, nous devons, nous pouvons trouver les moyens d’une action qui sorte de l’ordinaire.
Regardons les choses en face : après le sursaut général de juin et juillet 2024, nos organisations se sont (re)plongées dans leur fonctionnement quotidien, un peu comme si cette situation n’existait pas.
Dérouler dans notre coin nos stratégies et nos tactiques n’ont jusque-là pas permis d’inverser durablement la tendance lourde, notamment vis-à -vis de l’extrême-droite. Notre action générale est extrêmement précieuse. Mais peut-on par une action ordinaire faire face à une menace hors du commun ? Il est temps de sortir des inerties internes et de faire dérailler le quotidien.