France, 18 juin 2025 : L’institutionnalisation d’une rafle

C’est sous ce titre que le magazine Diacritik publie un article sur la mise en œuvre par Retailleau de l’ « Ordre national d’opération LICC n°2 dans les gares et trains », – rien que la dénomination rappelle de très mauvais souvenirs -, à la date du 18 juin, date d’un appel à lutter contre le nazisme et le pétainisme. Quel cynisme !

Il est des dates où le langage tremble. Des dates où les mots, lestés d’histoire, deviennent des pierres d’achoppement ou de fondation.

Le 18 juin en France est traditionnellement associé au refus de l’occupation, au refus de la collaboration, au refus de l’effacement. C’est la date du célèbre appel, lancé depuis Londres par de Gaulle, à désobéir à l’ordre établi, à continuer le combat malgré la défaite annoncée, malgré la soumission organisée. Le 18 juin fut, un jour, une fracture, une interruption dans le cours des choses.

Aujourd’hui, pourtant, ce 18 juin 2025, cette date devient le moment tragique d’un retournement absolu. Aujourd’hui, le préfet de police sous les ordres du ministère de l’intérieur, donne l’ordre d’une opération nationale de contrôle dans les gares et trains, visant prioritairement les personnes sans papiers, en transit, en fuite, en survie. Il s’agit d’une politique de guet-apens, une stratégie de visibilité forcée, un quadrillage militaro-bureaucratique des corps indésirables. Et ce dans les lieux même de la circulation, du passage, du devenir. Les flux ne sont plus pensés comme vitalité mais comme menace. Le voyage n’est plus gage de promesse mais entaché de soupçon.

Le choix de la date ne peut être anodin. Il participe d’un cynisme glacial. L’État détourne les symboles de la résistance pour les retourner contre ceux qui, aujourd’hui, fuient les guerres, les persécutions, la misère organisée. Ce qui fut un appel à l’insoumission devient le jour programmé d’une obéissance totale à la logique de l’ordre sécuritaire. Le 18 juin n’est plus la date d’une mémoire partagée, il devient une arme de légitimation, un alibi historique pour une politique de tri.

Le titre lui-même, « Ordre national d’opération LICC n°2 dans les gares et trains », porte en lui une froideur technocratique qui masque mal la violence politique qu’il organise. Derrière la neutralité lexicale se cache un mécanisme d’exception, l’institutionnalisation d’une rafle. Le mot n’est pas excessif, car ce qui se joue, ce 18 juin, est bien une logique de traque.

Les personnes sans papiers sont ciblées non pour ce qu’elles ont fait mais pour ce qu’elles sont, ou plutôt pour ce qu’on a décidé qu’elles ne sont pas. Le sans-papiers est traité comme un « hors-être », un sujet sans statut, donc sans droit.

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