Chasse aux migrants et police du langage
Voici la republication par Les mots son importants d’un texte d’Emmanuel Blanchard paru à l’origine dans le numéro 81 de la revue Plein droit (publication du GISTI), de juillet 2009. « La police et les étrangers (1) » et qui n’a rien perdu de sa pertinence.
Sacro-sainte lorsqu’il s’agit de défendre des caricatures ou des pamphlets islamophobes, la liberté d’expression perd tout son charme dès qu’il s’agit d’exprimer le refus des violences policières, la critique de la mythologie du Français « de souche » ou le soutien aux sans-papiers : Gérard Chevrot, Valérie Martinez, Yves Ribault et trois autres citoyen-ne-s français-e-s comparaissaient il y a près de quinze ans, le 10 juin 2010, au tribunal de grande instance de Pau pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité », suite à une plainte du préfet Philippe Rey, pour avoir simplement adressé à la Préfecture des Pyrénées-Atlantique des mails de protestation contre les arrestations, détentions et expulsions de sans-papiers en employant le mot « rafle » ou les noms propres « Vichy » et « Papon » [1]. En réaction à cette nouvelle tentative de criminalisation du mouvement social et de la solidarité, et en soutien aux incupé-e-s, nous avions publié un texte d’Emmanuel Blanchard consacré à ce fameux « mot interdit » : rafle. Nous le re-publions aujourd’hui à l’heure où Bruno Retailleau relance, plus furieux que jamais, une abjecte politique de la rafle.

Si, d’une période à une autre, les populations principalement visées par les contrôles policiers ont évolué en fonction des préoccupations du moment, les techniques policières, elles, n’ont guère changé et le mot « rafle » n’a jamais cessé d’être employé. Renoncer à l’utiliser reviendrait à entourer de silence des pratiques répressives qui ont traversé les décennies et ont toujours visé les groupes les plus fragiles politiquement et socialement.
La sortie du film Welcome, le 11 mars 2009, a relancé le débat sur le « délit de solidarité ». Dans un premier temps, elle a donné lieu à une vive polémique entre, d’un côté, le réalisateur et l’acteur principal (Philippe Lioret et Vincent Lindon) et, de l’autre, le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale (Éric Besson). Depuis quelques semaines, ce dernier s’en prend violemment aux associations de défense des droits des étrangers qui arguent que les faits décrits dans le film ne sont ni un « mythe », ni simplement une fiction : il a notamment mis en cause à plusieurs reprises la « crédibilité » du Gisti, sans que ces propos diffamatoires ne soient étayés.
Dans ses attaques, Éric Besson a accusé les promoteurs du film et, plus généralement, les soutiens des étrangers en situation irrégulière de donner à leurs actions de solidarité une dimension et un lustre aussi illégitimes que scandaleux, par le recours à des parallèles historiques avec la Seconde Guerre mondiale. En se focalisant plus spécialement sur les modes d’action policiers, en particulier la technique de la « rafle », il s’agit de montrer comment le ministre de l’immigration a cherché à faire scandale en désignant à la vindicte médiatique des militants présentés comme ne respectant pas la mémoire des victimes des persécutions de la Seconde Guerre mondiale.
Surtout, il faut rappeler ici que les dispositifs policiers de contrôles et d’arrestations massifs de populations vulnérables et stigmatisées, connus sous la dénomination de « rafles », s’ancrent dans une histoire de la modernisation de l’institution et des techniques de police qu’il convient de faire remonter au moins à la seconde moitié du XIXe siècle.
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