Nous réaffirmons la nécessité de l’antifascisme aujourd’hui

« Notre engagement politique ne peut être qu’antifasciste. Cela implique de ne plus céder aux cadrages de l’extrême droite ». Isabelle Stengers, Médine, Ugo Palheta, Sophie Wahnich, Georges Didi-Huberman, Fatima Ouassak, ainsi qu’un large ensemble de soutiens, dénoncent le récit médiatique dominant après la mort de Quentin D. « Hier comme aujourd’hui, le fascisme avance quand on le traite comme une opinion parmi d’autres. »

Depuis plusieurs jours, la mort du militant nationaliste et suprémaciste blanc Quentin Deranque à Lyon est utilisée pour fabriquer une fable utile à l’extrême droite. Cette fable n’est pas un simple emballement : c’est une méthode. Elle consiste à imposer un récit avant les faits, à saturer l’espace public d’images et d’indignations prêtes à l’emploi, puis à exiger des autres qu’ils se justifient à l’intérieur de ce récit. L’objectif est d’utiliser la mort dramatique d’une personne pour détruire des ennemis politiques.

L’inversion de la réalité est une pratique courante des fascismes. Son adaptation à l’ère des nouveaux médias et des réseaux sociaux a depuis des années été théorisée par ceux qui ont porté Trump au pouvoir aux États-Unis. 

La multiplication des apparitions médiatiques de toutes les franges de la droite extrême pour faire du co-fondateur du groupuscule néo-nazi « Allobroges Bourgoin » un pacifique martyr et de la France Insoumise une organisation criminelle relève de cette stratégie de manipulation. Quentin Deranque est passé par l’Action Française (mouvement royaliste, nostalgique d’un antisémitisme d’État) et était affilié au groupe Audace (ex Lyon Populaire, groupuscule hérité du GUD et dissous en 2025 pour violence contre des personnes racisées et apologie de la collaboration avec le régime nazi). Ce n’est pas une erreur d’analyse : c’est une opération. Elle vise à rendre acceptable une trajectoire politique afin de produire des affects de compassion et d’indignation, non pas tant par respect pour la jeune personne décédée, mais pour faire passer des idées hier encore considérées comme inacceptables.

L’extrême droite est familière du révisionnisme, elle cherche à l’appliquer de nouveau pour diaboliser celles et ceux qui la combattent. Elle tente d’établir une nouvelle grammaire où l’antifascisme serait le danger et où le racisme, le suprémacisme blanc, l’antisémitisme, deviendraient une simple sensibilité, persécutée par une gauche terroriste.

C’est ainsi qu’on fabrique la confusion.

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