Un billet du Blog Mediapart signé François Thuillier, chercheur spécialiste des questions de police et sureté et reprenant en condensé son travail sur le sujet. Un travail qui met à bat les obsessions de l’extrême droite et de de tous les sécuritaires de droite voire de gauche.
Outre la force de frappe médiatique de l’extrême droite et l’adhésion désormais assumée de l’ensemble des forces politiques libérales du pays, le succès de la doctrine sécuritaire s’explique par l’omniprésence de ses casuistes et l’apparence de bon sens de leurs formules publicitaires. Cinq d’entre-elles connaissent ainsi un succès éditorial incontestable et se voient répétées en boucle par leurs organes de propagande :
- Il existe un lien consubstantiel entre immigration et délinquance
- Pour plus de sécurité, il faudrait recruter plus de policiers
- Notre pays est en proie à une hyperviolence inédite
- L’islam est une menace existentielle étrangère via le terrorisme islamiste
- La justice est trop laxiste
Par souci de concision, nous nous contenterons de traiter infra des deux premières affirmations. Mais la version complète de cet article (avec graphiques et références) est disponible ici.
Contre-vérité n°1 : il existe un lien de continuité entre délinquance et immigration
Selon l’extrême droite, certaines communautés étrangères, parce qu’elles seraient difficilement assimilables culturellement, présenteraient en elles-mêmes des caractères criminogènes. C’est faux :
Voici tout d’abord quelques chiffres à retenir. Selon le service de la statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI), en 2024, 83% des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie se sont déclarées françaises et 17% étrangères, tandis qu’elles représentent respectivement 92% et 8% de la population en France. La proportion des personnes étrangères parmi les mis en cause a augmenté depuis 2016 (14%), le nombre de mis en cause étrangers ayant augmenté plus vite que celui des mis en cause français (respectivement + 55% et + 24%).

Distribution des mis en cause par les services de sécurité selon le crime ou délit.
Mais les personnes françaises et étrangères ne sont pas mises en cause pour les mêmes faits, ce qui prouve l’existence d’une sociologie de la délinquance et de priorités pénales distinctes en fonction des criminalités. Au 1er janvier 2020, 21 % des personnes écrouées sont étrangères, en raison de la plus forte proportion de peines d’emprisonnement prononcées à leur encontre mais aussi d’un recours plus fréquent, avant jugement, à la détention provisoire qui peut être ordonnée pour garantir le maintien de la personne mise en cause à la disposition de la justice, à des garanties de représentation considérées comme insuffisantes et de moindres moyens de défense. Au 1er janvier 2020, 26 % des Français écroués sont en détention provisoire contre 35 % des étrangers écroués.
LIRE LA SUITE SUR LE BLOG DE MEDIAPART ET POUR RETROUVER L’ÉTUDE COMPLÈTE C’EST PAR LÀ
