Nous publions la nouvelle chronique d’Antidotes communs que nous relayons intégralement en soutenant et en faisant nôtre le sens de cet appel à dépasser les clivages pour s’orienter vers des propositions communes d’outils ou de contre-offensive contre les extrêmes droites.
Comme un état de sidération, accompagné d’un sentiment d’impuissance et de découragement, face au tsunami brun qui prend chaque jour un peu plus de force et de capacité d’engloutissement, s’est peu à peu ancré dans l’Hexagone. Plus graves encore, une lassitude et, parfois, la résignation semblent avoir profondément atteint la grande majorité de toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, n’adhèrent pas aux promesses des lendemains mortifères des marchands de haine de la droite et de l’extrême droite (dont le phagocytage de la première par la seconde est en train de se réaliser sous yeux).
Car, ne pas marcher dans la combine de l’incroyable imposture du gimmick du R-Haine répétant façon perroquet, et contre toute évidence, « qu’on ne les aurait pas encore essayés », ne parvient pas à se traduire, en tout cas jusqu’à présent, par une massive envie d’en découdre et d’établir un rapport de force capable d’emporter les convictions, pour défendre tout ce à quoi nous tenons.
Comment sortir de cette forme de léthargie qui, si elle devait se poursuivre jusqu’en 2027, ne ferait que faciliter grandement la prise du pouvoir par l’extrême droite et signer dangereusement la fin des libertés fondamentales et des droits démocratiques (manifester, s’associer, se syndiquer, se réunir, publier, etc..), faire dramatiquement reculer les droits des femmes et saccager ceux des personnes LGBTQIA+, marquer le début d’une chasse généralisée aux migrant.es et, plus largement, s’attaquer aux droits sociaux, comme aux droits des salariés, remplacer la culture par des ersatz de folklores et la mise en avant d’un « roman national », type Puy du Faux et enfin – mais cette liste est loin d’être exhaustive – broyer les associations de la solidarité et du partage qui ne pratiquent aucune exclusive.
Sans compter sur des forces de l’ordre, déjà très majoritairement gangrénées par les obsessions racistes et violentes de l’extrême droite, qui deviendraient, à n’en pas douter, le bras lourdement armé et quotidien de la domination fasciste dans le pays tout en maniant l’arbitraire le plus total, bénéficiant pour cela d’une impunité sans presque aucune limite. D’ailleurs, si les manifestations de soutien à la police, appelées le 31 janvier dernier par le syndicat Alliance, ont débouché sur un flop magistral, elles ont été l’occasion de faire la démonstration de la proximité/complicité avec l’extrême droite dont certaines têtes de gondoles enthousiastes paradaient derrière la banderole de début du maigre cortège parisien, les fémonationalistes de Némésis défilant en queue de cortège après avoir tenté d’en prendre la tête.
Sans oublier, également, les dizaines de groupes néo-nazis implantés dans de nombreuses villes, dont les pulsions racistes, masculinistes, identitaires et homophobes rendraient, là aussi quotidiennement, par leurs menées violentes et meurtrières, la vie impossible à des millions de citoyen.nes terrorisé.es.
Les Zemmour, Marion Maréchal (nous voilà !) qui bavent d’envie devant les exactions violentes et meurtrières des milices d’État de Trump aux USA, contre les migrant.es et jusqu’au rejeton Klarsfeld qui éructe en direct sur CNews en appelant à des « rafles » massives, ne peuvent que provoquer la nausée et nous mettre en garde, dès à présent, sur les intentions de l’extrême droite quant à ses obsessions sur « le grand remplacement » et ses projets épouvantables de « remigration ». Le crime policier raciste, commis dans le 20e arrondissement de Paris, le 15 janvier 2026, à l’encontre de El Hacen Diarra, mauritanien de 35 ans, devant son foyer de la rue des Mûriers, pourrait bien être le prélude à un déferlement de telles menées criminelles de la part des forces de l’ordre, dès l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.
Que faire face au rouleau compresseur quotidien de l’empire médiatique du pire, développé et contrôlé par le milliardaire Bolloré, machine redoutable qui vise à travers les millions d’auditeurs, téléspectateurs et lecteurs de Europe1, CNews, le JDD et les éditions Fayard (entre autres) à faire la promotion permanente des mensonges et des obsessions de la droite et de l’extrême droite et face aux centaines de tuyaux gravement pollués d’influenceurs et de groupes d’extrême droite qui agrègent, chaque jours, des millions d’adeptes, sur les réseaux prétendument « sociaux », en tapant tous les jours sur les migrant.es, accusé.es d’être la cause de tous nos maux ?
Comment être en capacité de réagir et de contredire au quotidien, dans les lieux d’enseignement, dans les entreprises, dans les associations de toute nature, dans les transports et les quartiers, les comportements et les propos racistes et d’exclusion ?
Les prises de position et les dénonciations des associations, des syndicats de salariés et des quelques partis politiques de gauche qui ont fait de la lutte contre l’extrême droite et ses projets autoritaires, sécuritaires et d’exclusion, une relative priorité, ne peuvent suffire. De même, les études, analyses et dénonciations de la montée de l’extrême droite et de ses méfaits n’ont jamais été aussi nombreuses et précises éditorialement que depuis le début des années 2020, sans pour autant provoquer, à travers, livres, revues, observatoires et sites spécialisés, des réactions significatives. Des pétitions, signées par des personnalités, des syndicalistes et des responsables associatifs, appelant à se mobiliser contre la droite et l’extrême droite, ont surgi régulièrement, ces dernières années, mais sont restées sans lendemain.
S’il est entièrement faux « qu’on ne les a pas encore essayés », il est par contre vrai que les antifascistes n’ont pas encore, de leur côté, tout tenté et tout essayé. Il est encore temps de déjouer l’horrible pronostic annoncé.
Par exemple, pourquoi ne pas imaginer une campagne nationale alertant sur les mensonges et les méfaits de l’extrême droite, et ce qu’il adviendrait en cas de victoire du R-Haine en 2027, sous la forme d’une brochure, distribuée gratuitement à des millions d’exemplaires, auprès des salarié.es et des fonctionnaires, mais aussi dans les quartiers, dans les facs, et sur les marchés dont les syndicats de salarié.es et les principales associations seraient les maîtres d’œuvre et qui pourrait marquer le début d’un front commun citoyen contre les extrêmes droites ?
Pourquoi ne pas imaginer, dès à présent, toutes les possibilités de résistance et de désobéissance civile, face à un pouvoir d’extrême droite, ce qui présenterait également l’avantage d’exposer très précisément tous les dangers qui nous guettent, en cas d’accession à l’ensemble des lieux de pouvoir par le R-Haine ?
La très récente « Note de Guénolé » qui explique par le menu comment, en toute légalité, il serait possible de « préparer des villes-refuges en cas de victoire du RN en 2027 » en offre un parfait exemple.
A lire ici : https://thomasguenole.substack.com/p/lenjeu-cache-des-municipales-2026
Pourquoi ne pas essayer de lancer une grande campagne citoyenne de financement collectif pour monter un ou plusieurs médias en ligne, capables de clouer le bec au torchon numérique d’essence fasciste, « Frontières » ?
Faisons fonctionner collectivement la boîte à idées. Échangeons et faisons circuler les bonnes pratiques et les projets de résistance à l’extrême droite, en laissant de côté les appartenances partisanes et en dehors de toute lutte des places et de toute volonté délétère de contrôle et d’hégémonie.
Que se lève enfin la contre-offensive citoyenne !
Philippe Rajsfus
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