Recension de l’ouvrage Fascisme tardif d’Alberto Toscano paru aux Éditions La Tempête et publiée par Lundimatin.
Parmi les nombreuses publications récentes sur le fascisme, le livre d’Alberto Toscano, Fascisme tardif, se distingue considérablement par sa largeur de vue et la richesse des références mobilisées, allant d’Ernst Bloch à Furio Jesi, en passant par la tradition radicale noire et le féminisme marxiste. Pourtant, sa traduction en France par les excellentes Éditions La Tempête n’a donné lieu qu’à peu de commentaires. Pour réparer ce silence scandaleux, nous publions la traduction d’un article de Jasper Bernes paru en septembre 2024 dans les Field Notes de la revue Brooklyn Rail. Si certains aspects, du fait de la gouvernance de Trump, semblent un peu dépassés, le texte ouvre de nombreux points de discussion qui mériteraient une audience plus large sur le Vieux Continent, notamment sur les liens entre fascisme et colonialisme. Notons au passage que les Éditions La Tempête publieront en février l’important ouvrage de ce même Jasper Bernes, L’avenir de la révolution. Décidément, elles sont vraiment excellentes.
Pendant l’ère Trump, lorsque des troupes de néonazis, de nationalistes blancs, de Proud Boys, de porteurs de casquettes MAGA, de miliciens et de militants des « droits des hommes » ont déferlé sur ma ville, il y eut peu de débat sur la manière de les nommer : « fascistes » semblait une désignation suffisamment simple, même si l’on ne savait pas toujours quelle idéologie, exactement, animait tel ou tel sinistre individu armé d’un couteau ou d’un bâton. Sur Internet, et dans les pages de la presse de gauche, toutefois, des questions se sont posées. Le trumpisme était-il réellement du fascisme, demandaient beaucoup, ou seulement une autre mauvaise chose – un « bonapartisme néo-patrimonial », peut-être, comme l’affirmait le sociologue et historien du fascisme Dylan Riley dans les pages de la New Left Review ? Qualifier Trump de fasciste, craignaient certains, relevait d’une hyperbole dangereuse : cela exagérait la menace qu’il représentait et occultait les continuités entre son administration et celle de Barack Obama sur ce qui importait réellement. En termes de bilan humain, les guerres de Bush en Afghanistan et en Irak furent bien pires que tout ce que Trump entreprit, causant la mort de centaines de milliers de personnes ; pourquoi alors parler de « fascisme » ? Malgré les décrets exécutifs [du premier] Trump, l’administration Obama a détenu et expulsé bien davantage de migrants que celle de Trump.
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