Samedi 21 mars à Reims avait lieu une manifestation antifasciste et antiraciste. Le comité des Soulèvements de la terre de Reims est intervenu pour dénoncer les violences policières, à l’occasion notamment des 3 ans de la manifestation de Sainte-Soline. Retour plus en profondeur sur leurs positions politiques.
Contre les violences policières et systémiques
Il y a 3 ans, en mars 2023, avait lieu la manifestation de Sainte Soline, contre les projets de mégabassines et contre l’accaparement de la terre et de l’eau. Ce 25 mars 2023, on a vu le triomphe des violences policières et du maintien de l’ordre en manifestation.
Sainte-Soline, c’est plus de 5015 tirs de grenades lacrymogènes et 260 grenades GM2L dont l’explosion fait 160 décibels. C’est aussi 40 grenades par minute, soit une toutes les 1,5 secondes et 81 tirs de LBD dont deux tirs depuis les quads.
Sainte-Soline, c’est 2 victimes qui ont vu leur pronostic vital engagé, dont Serge, encore en rééducation, et qui souffre d’ores et déjà de séquelles permanentes dont la perte d’audition, c’est une victime avec de multiples fractures au visage, entraînant une paralysie faciale, c’est une victime avec un fracas osseux au pied engageant son pronostic fonctionnel, c’est deux victimes anonymes ayant été éborgnées, c’est au moins cinq victimes avec des fractures, et des dizaines d’autres plaies, hématomes et brûlures. Sainte-Soline, c’est au moins 200 personnes blessées dont au moins 36 hospitalisées, sans compter des dizaines d’atteintes psychologiques, dont il est difficile d’évaluer les conséquences.
Il y a quelques mois, médiapart a révélé des extraits des caméras piétonnes de la gendarmerie. On y voit un déferlement de haine. Parmi tant d’autres propos haineux, citons « Lui, si je le chope, jle tue », « Quand ils seront manchots ils feront plus grand chose » « Je m’attendais à ce que ce soit bien , mais pas autant ! » « Mets leur une GM2L dans la gueule! ». Ces vidéos révèlent la volonté de mutiler, de tuer, elles révèlent que, au-delà des insultes, ce sont des gradés qui encouragent des tirs tendus et qui cherchent délibérément à blesser, si ce n’est plus. Et ce en totale cohérence avec le récit dressé par les pouvoir publics et le ministère de l’intérieur qui a démenti toutes les violences, et le tribunal de Rennes qui a classé sans suite la plainte des blessé.es.
Nous ne sommes pas dupes. La répression qui a déferlé sur nous à sainte-soline, et que nous subissons dans nos manifestations, n’est qu’une infime partie de l’oppression policière et étatique généralisée que subissent au quotidien nos camarades sexisé·es, racisé·es, handi, mineur·es, sans papiers, sans domicile, et tant d’autres.
Remettre en question la police
Nous ne devons pas seulement cibler les violences policières, mais bien remettre en question l’institution elle-même. Cette institution qui s’est construite à coups de matraques, forgeant ses armes dans la mise au pas des colonies, en réprimant les grèves des travailleureuses, en se faisant pilier principal d’un état impérialiste toujours plus autoritaire et répressif.
Les moyens toujours plus importants qui sont accordés à la police permettent son maintien comme l’un des principaux piliers de l’État, à la fois en le défendant et en en étant un acteur majeur. Elle est au cœur d’une entreprise plus large de militarisation de la société qui passe à la fois par l’augmentation des moyens alloués à l’armée et à la guerre, une surveillance et une répression généralisée, ainsi que l’effondrement de l’enseignement public, vidé de ses moyens et de son esprit critique. À coups de « réarmement » et de service militaire, la jeunesse est préparée à rejoindre le champ de bataille, conséquence inévitable des guerres et massacres en cours et à venir.
La police se place alors comme bras armé de cette chaîne de l’horreur, par son comptage et fichage des personnes, par sa surveillance accrue et ses actions dites de prévention, par la menace constante qu’elle fait peser sur celles et ceux qui n’adhèrent pas au récit officiel. Face à celleux qui la critiquent, la police se révèle incapable de se remettre en question, mais émet au contraire une réaction de défense où elle s’incarne en victime au nom d’une prétendue « violence légitime ».
Le bruit des bottes est déjà là, ce sont celles de la police, qui nous traque, nous mutile, et nous tue.
Face à elle, nous devons nous organiser localement et nationalement. En ce sens, nous ne pouvons qu’encourager à rejoindre les assemblées antifascistes rémoises organisées par nos camarades. Seule l’organisation collective peut nous permettre de construire le rapport de force suffisant pour démanteler l’état policier.
Désarmer les institutions complices de la montée du fascisme
Au sortir de cette période d’élections, nous voulons réaffirmer que la lutte antifasciste se passe avant tout dans la rue. Bien que la mairie élue soit en quasi-totalité de droite ou d’extrême-droite, il nous apparait qu’une mairie de gauche n’aurait pas eu le pouvoir suffisant pour enrayer la montée du fascisme, puisqu’elle est par sa nature même en partie responsable et actrice de la catastrophe en cours.
Même si une mairie de gauche serait fondamentalement moins opprimante qu’une de droite ou d’extrême droite, les fausses promesses des partis politiques ne doivent pas être une fin en soi. N’oublions pas les actes commis par des partis se disant de gauche, tels la loi travail, et la complaisance si ce n’est le soutien au gouvernement de ces mêmes partis. Par ailleurs, les partis politiques de gauche ne proposent aucune solution au problème systémique des violences policières, et de manière générale à l’État policier ; leur existence en dépend. Ils se contentent de vagues suggestions de « police de proximité ». Comme si un policier ne pouvait pas être violent avec ses voisins. De plus, nous ne croyons pas en la possible arrivée au pouvoir de ces partis ; face à eux se trouvent ceux qui bénéficient du soutien d’empires tels que celui de Bolloré. Et bien que nous refusions de voir la victoire du RN comme une fatalité, elle ne peut pour autant être négligée.
Il nous appartient alors à nous, militant·es écolo et antifa, de nous organiser collectivement pour mettre en place un rapport de force massif et populaire, à même de dresser une opposition aux politiques locales, tout en gardant à l’esprit ce principe pour nous essentiel : c’est aux habitant·es d’un territoire de décider comment y vivre. C’est donc à nous de diffuser des connaissances pour faire face à la répression, de soutenir nos camarades arrêtés, de nous réapproprier l’espace public. C’est à nous de bloquer et de désarmer le fascisme sous toutes ses formes, du RN aux groupuscules néonazis, en passant par les unités de maintien de l’ordre.
Contre la peur qu’ils instaurent, et pour ne jamais céder un pouce de terrain, occupons la rue.
Le comité des Soulèvements de la terre de Reims