Décryptage et état des lieux de la place des femmes dans le programme du R’Haine, mensonges, faux-semblants, derrière son féminisme de façade, le parti ne défend pas les droits des femmes explique Violaine De Filippis-Abate dans son livre “Puisque le RN vous dit qu’il protège les femmes !”.
Une interview de l’autrice sur Basta !
Basta! : À qui s’adresse ce livre ?
Violaine De Filippis-Abate : Je l’ai écrit dans l’idée qu’il puisse à la fois être utilisé par des militantes et militants, comme une sorte de recueil qui leur permette de retrouver facilement des arguments avec des données vérifiables ; et aussi dans l’espoir qu’il soit lu par des personnes qui ne sont pas convaincues et qui sont ouvertes à la discussion. J’ai bien conscience que ce n’est pas un livre qui sera lu par des électeurs et électrices historiques du Rassemblement national (RN), en revanche, j’ai l’espoir que les personnes qui sont tentées par le vote RN et qui sont sensibles aux questions des droits des femmes s’y intéresseront.
Une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie d’écrire ce livre, c’est que je connais, parmi mes proches, une femme qui a voté RN aux élections européennes de 2024. En discutant avec elle, je me suis rendu compte qu’elle avait beaucoup d’idées reçues sur ce parti et pas forcément le temps de tout vérifier. Certaines avancent notamment que Marine Le Pen étant une femme, elle ne peut pas vraiment être contre les droits des femmes.
Ces dernières années, Marine Le Pen a réussi à réduire, voire anéantir le « gender gap » électoral du RN, c’est-à-dire l’écart de vote entre les hommes et les femmes pour ce parti. Selon vous, pourquoi de plus en plus de femmes votent-elles pour le RN ?
Ce vote des femmes pour le RN est, je crois, multifactoriel. Le fait que Marine Le Pen soit une femme participe en tout cas grandement à dédiaboliser le parti. Quand elle a succédé à son père en 2011, elle est immédiatement partie à la conquête de l’électorat féminin en se présentant comme une femme active, moderne, divorcée, qui va même maintenant jusqu’à se dire féministe – mais surtout pas « néoféministe ». Elle utilise cette carte pour dire qu’elle garantira le respect des droits des femmes, alors qu’il s’agit en réalité de servir un agenda nationaliste. Ce mécanisme a été conceptualisé par la sociologue Sara R. Farris, qui a appelé ça le « fémonationalisme » – par la suite également analysé dans le livre Les Vigilantes, de Léane Alestra.
Et ça marche, puisqu’aux élections européennes de 2024, le RN comptait pour la première fois plus d’électrices que d’électeurs. Pour autant, derrière cet affichage, ce parti ne défend aucune femme : selon le média Bon pote, qui a analysé 189 amendements et propositions de loi relatives aux droits des femmes votées à l’Assemblée nationale entre 2022 et 2025, seules 42 % ont été soutenues par le RN.
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