Pour la création d’un réseau national de journalistes spécialistes de l’extrême droite

Depuis sa création en 2009, StreetPress poursuit son travail de journalisme attentif aux transformations sociales et politiques, menant des enquêtes de terrain et donnant la voix à des secteurs sociaux souvent absents des médias. L’antifascisme du média est une marque de son engagement et de son projet éditorial. Un projet toujours fragile financièrement. Entretien avec Mathieu Mollard, son rédacteur en chef, lors de la soirée des 16 ans organisée à la Gaîté Lyrique…

Ripostes : Peux-tu nous faire un point sur la campagne de don ?

Mathieu : Nous avons lancé la campagne, il y a déjà quelques semaines. Au début, nous en étions à 6.000 personnes qui nous suivaient de manière soit mensuelle, soit annuelle. En début de soirée, on était à 6.750, donc on avance. Il y a plusieurs paliers. Concrètement, nous avons besoin d’atteindre 7.500 donateurs. Ce n’est pas un compte de boutiquier, mais ça correspond à ce qui nous permet de payer les salaires l’an prochain. Et après, au-delà de ce seuil, il est possible d’imaginer de nouveaux projets. Celui de sortir un livre en librairie (*) et également une tournée l’année prochaine, ce qui représente des coûts supplémentaires. On espère aller bien au-delà pour financer la suite de nos projets.

Ripostes : Peux-tu précisément nous en dire plus sur celui qui consiste à former 300 journalistes ?

Mathieu : Ce projet est né lors de la dissolution de juin 2024. A StreetPress, on a enquêté. On a sorti 60 enquêtes en quelques semaines sur les candidats d’extrême droite qui se présentaient aux élections législatives. Nous nous sommes rendus compte que ces enquêtes avaient de l’impact. Elles ont fait perdre des circonscriptions à l’extrême droite. Nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce travail. D’autres médias comme Médiapart, Libé et des médias en presse locale également. Mais nous nous sommes aperçus que l’immense majorité des journalistes qui étaient spécialistes de ce sujet-là étaient basés à Paris et en région parisienne, endroit où il y avait le moins de possibilité pour un candidat RN de se faire élire. Pour nous, c’était un problème et l’idée que nous avons eu, c’est de former à nos méthodes d’enquête des journalistes issus de tout type de presse, aussi bien des gens de radios associatives qui sont intéressés par le projet que des gens de la PQR, que des médias indépendants en régions, que des journalistes indépendants qui pigent pour différents titres, qui nous indiquent qu’ils sont intéressés par cette formation. Il y aura un formulaire à remplir, pour candidater, et nous allons organiser des promos, régulièrement, jusqu’aux élections présidentielles de 2027. La formation se déroulera en présentiel, durant une semaine de cours bien remplie. Ce sera entièrement gratuit, avec des journalistes, des spécialistes de l’enquête en source ouverte, des universitaires, des experts qui viendront apporter des outils et des méthodes d’enquête sur l’extrême droite. Un peu de théorie, mais surtout beaucoup de pratique, pour utiliser notre façon de travailler, qui n’est pas révolutionnaire – d’autres le font – mais l’appliquer à tous les territoires.

Nous allons essayer de recruter des gens de profils différents pour qu’il y ait aussi bien des journalistes indépendants, des journalistes de la presse locale, de radios associatives, de profils de pleins de médias différents et couvrir également, le plus largement possible, le territoire au fur et à mesure des différentes promotions. Voilà notre enjeu.

Ripostes : Avec l’idée d’un réseau ?

Mathieu : Oui, un réseau de journalistes qui restent en contact, de manière informelle, ou non, mais qui peuvent s’entraider, se dire « Tiens, j’ai une histoire par chez moi, mais en fait, elle est en lien avec truc par chez toi… Est-ce que vous avez une piste là-dessus ? » Tirer les fils, se mettre en relation et travailler collectivement sur ces sujets.

Ripostes : Quelle est plus largement votre position sur le combat antifasciste ?

Mathieu : L’antifascisme, en France, est attaqué. Et quand l’extrême droite monte, évidemment, elle s’en prend à ses adversaires et donc elle attaque l’antifascisme. Il y a eu la dissolution de la Jeune Garde; une diabolisation, dans l’espace public et médiatique de l’antifascisme. C’est aussi une tendance lourde à l’échelle européenne. StreetPress fait partie d’un réseau de médias indépendants qui s’appelle Sphera. Nous sommes allés voir ce qui se passe en Hongrie, du côté de chez Orban. On a travaillé avec des journalistes polonais qui nous ont raconté ce que c’est quand l’extrême droite est au pouvoir. Comment elle s’en prend à toutes les oppositions, aux antifascistes et aux médias. On assiste aujourd’hui à ce que je crains en être les prémices. Et il faut qu’on se mobilise, qu’on se batte pour défendre ça, parce que déjà l’antifascisme, c’est une belle expression qu’ils ont réussi à diaboliser. Maintenant, l’antifascisme est multiforme et trop souvent les médias caricaturent l’antifascisme et ça sert l’extrême droite dans sa bataille contre l’antifascisme.

L’antifascisme est multiforme. Il y a bien sûr ce qui relève de l’autodéfense avec des services d’ordre et des camarades qui, bénévolement, protègent différentes initiatives des menaces de l’extrême droite. Mais il y a aussi tout un antifascisme dont on ne parle jamais, parce que lui il ne fait pas scandale, qui consiste à faire de la documentation et échanger des infos. Avec notre regard et notre approche journalistique, nous en faisons autre chose et c’est très complémentaire. Il y a aussi un antifasciste qui va porter des idées et combattre sur le terrain dans les entreprises, dans les associations. C’est donc tout un écosystème qui est menacé et qu’il faut défendre.

(*) Extrême Danger.

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