La démocratie assassinée : ce que la guerre d’Espagne nous dit du fascisme d’aujourd’hui

Mathilde Larrère reçoit Au Poste Mercedes Yusta Rodrigo et Pierre Salmon co-auteur·rice avec François Godicheau de La guerre d’Espagne, 1936-1939. La démocratie assassinée aux éditions Tallandier. La guerre d’Espagne, 90 ans après, reste une blessure ouverte : entre fosses communes jamais exhumées, révisionnisme en plein essor et montée des extrêmes droites européennes, les historiens Mercedes Yusta et Pierre Salmon rappellent avec force que cette démocratie n’a pas échoué — elle a été assassinée.

Le livre La guerre d’Espagne, 1936-1939 — La démocratie assassinée est né d’un double constat: l’absence de synthèse récente en français et la publication d’un pamphlet révisionniste espagnol — «on s’est dit, il y a un gros souci quand même, parce que si les gens entrent dans une librairie et cherchent un livre sur la guerre d’Espagne et la seule chose récente qu’ils trouvent, c’est ça» (Yusta)

La République espagnole de 1931 n’est pas un échec mais un assassinat: «quand elle est proclamée en 31, on parle d’une révolution pacifique» (Yusta) — elle porte le droit de vote des femmes, 27 000 écoles, une réforme agraire, avant d’être sabotée de l’intérieur par une droite fascinée par le nazisme

La fascisation est un processus, pas un état: «ces partis, par leurs valeurs, par leur pratique aussi, créent une dynamique collective qui dépasse bien leurs rangs politiques» (Salmon)

Le coup d’État de 1936 est planifié dans la violence: Mola écrit dans ses instructions secrètes qu’«il faut que le coup soit extrêmement violent parce que l’ennemi est fort et bien organisé» (cité par Yusta)

Franco n’est pas l’architecte du putsch mais un opportuniste: «il combine une extrême prudence avec une ambition dévorante» (Yusta) — il capte le pouvoir grâce à l’appui décisif de l’aviation allemande et italienne

La non-intervention française est avant tout une peur de la «contagion révolutionnaire»: «dès le début du conflit, on ferme la frontière pyrénéenne et on parle d’un cordon sanitaire» (Salmon)

La violence n’est pas symétrique: «on est à peu près autour de 50 000 victimes des franquistes pendant la guerre», contre 150 000 en comptant l’après-guerre, face à «50 000 victimes des républicains» (Yusta)

La violence contre les femmes est systématique et genrée: le général Queipo de Llano dit à ses soldats «vous pouvez les violer, comme ça elles vont connaître qu’est-ce que c’est que les vrais hommes» (cité par Yusta)

La mémoire reste une plaie ouverte: «l’Espagne c’est le deuxième pays au monde avec le plus de fosses communes derrière le Cambodge» avec «environ 100 000 corps qui restent dans ces fosses communes» (Salmon)

Face à l’article du Figaro les qualifiant de «pamphlet antifa déguisé en livre d’histoire», Salmon répond: «que le Figaro magazine, par la plume de Jean Sévia, nous accuse d’être des idéologues, je dois admettre que ça nous a fait un petit peu sourire»

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