Convergence sociale et antifascisme : les mobilisations jeunes ouvrent le chemin

Alors que les différentes initiatives antifascistes développées depuis le printemps dernier – en particulier La CRACS (1) et Le Mouvement social contre l’extrême droite (2) – peinent encore à capter l’attention d’un large public, c’est la déferlante des mobilisations lycéennes et étudiantes qui pourrait bien contribuer à accélérer la prise de conscience de la dangerosité de l’extrême droite et à ancrer le refus du R-Haine aux luttes sociales, dans la perspective d’un front large, dans les semaines qui viennent.

En effet, au-delà des revendications d’égalité devant l’éducation dans tous les territoires, de pouvoir disposer de moyens dignes de ce nom dans les établissements du second degré et d’exiger la suppression du couperet Parcoursup, qui a provoqué le blocage de milliers d’établissement et jeté dans la rue des centaines de milliers de jeunes, c’est la réponse répressive extrêmement violente et démesurée du pouvoir à la jeunesse lycéenne, puis étudiante, qui a contribué à politiser, en très peu de temps, toute une génération – celle qu’on appelle désormais la Gen Z.

Assigné·e·s jusqu’à présent, par de nombreux commentateurs, à une addiction générationnelle au numérique et aux écrans, via les réseaux sociaux, ces centaines de milliers de lycéen·ne·s et d’étudiant·e·s ont très largement déjoué cette assignation en retournant ces outils au profit de leurs revendications, de leurs mobilisations multiples et d’une inventivité émancipatrice qui, loin des écrans et à travers des slogans et des milliers de pancartes faites à la main, rappelle celle de Mai-juin 1968.

Qui plus est, c’est dans les établissements scolaires du second degré de ces quartiers, laissés souvent à l’abandon, que ces mêmes commentateurs taxent de « difficiles » en raison de l’importance des populations dites issues de l’immigration qui y sont assignées, que sont parties les premières étincelles, les premières mobilisations et les premiers blocages de lycées, expression d’une conscience politique, immédiatement méprisés par le pouvoir.

Le niveau de violence effarant, allant jusqu’à des dizaines de mutilé·e·s, de blessé·e·s gravement atteint·e·s et les agressions racistes des forces de l’ordre – aussi bien devant les lycées, durant les manifestations, puis lors de plus de dix mille gardes à vue – ont grandement contribué à cimenter le mouvement, y adjoignant les élèves de quartiers plus favorisés et même les jeunes des grandes écoles, par un réflexe générationnel de solidarité.
C’est cette même diversité particulièrement riche et prometteuse, ce mélange évident pour cette génération, qui attise les propos racistes des Attal, Philippe, Retailleau et consorts, droite et macronistes réunis, rabatteurs des discours de haine et de discriminations du R-Haine, après les grandes manifestations des 17 et 24 octobre où l’intersyndicale a rejoint le mouvement.

C’est que nous sommes dans un contexte où la convergence entre jeunes et syndicats de salarié·e·s va de soi. Les locaux dégradés et les profs non remplacés ont rappelé aux salarié·e·s du public comme du privé les restrictions budgétaires dont sont victimes les hôpitaux et tous les services publics, restrictions allant de pair avec les transferts de richesse au profit des propriétaires des grandes entreprises sous forme de dégrèvements de cotisation, de niches fiscales et autres. C’est donc naturellement et à la compréhension de tous que l’intersyndicale s’est jointe par des appels à la grève aux manifestations des jeunes.

Si la détestation de la police anime désormais tous les cortèges lycéens et étudiants en raison du visage hideux de la répression policière, celle de l’extrême droite et du R-Haine n’a pas tardé à la suivre, dans une prise de conscience extrêmement rapide des terribles dangers que l’accession au pouvoir de ce parti ferait courir tant en termes de diversité et de vivre ensemble que de libertés, quelles qu’elles soient.
De fait, le criminel attentat raciste de Trappes, intervenu le 23 octobre dernier, a été compris immédiatement comme le fruit de l’intense propagande raciste de médias, notamment Cnews, la télé de Vincent Bolloré, soutien affiché du R-Haine. Une pétition demandant l’interdiction pure et simple de cet organe de propagande, lancée en juin sur le site de l’Assemblée nationale (3) a soudainement attiré les soutiens et dépassé en quelques jours les 500 000 signatures requises.

Cet attentat raciste de Trappes ne peut que persuader la jeunesse des quartiers et tous les autres jeunes qui leur ont emboîté le pas, de persévérer dans la détestation du R-Haine en la politisant désormais et en faisant le lien entre leurs revendications spécifiques liées aux conditions d’éducation, les revendications sociales et l’indispensable lutte contre l’extrême droite qui, si elle devait arriver au pouvoir, mettrait fin à tous leurs espoirs.

La question essentielle qui se pose désormais est celle de l’articulation entre lutte pour des conditions d’étude dignes, lutte contre les politiques d’appauvrissement et de relégation et lutte contre l’extrême droite. Comment, sans donner de leçon, en évitant toute tentation hégémonique ou volonté de prise de contrôle, susciter ce front large, à la fois social, antifasciste et intergénérationnel.
Comment fédérer, à partir de maintenant, toutes ces initiatives, dans le respect de leurs différences et de leurs richesses, pour au moins deux causes communes qui se rejoignent : barrer à l’extrême droite la route du pouvoir et promouvoir une autre société de la diversité, de la solidarité et du partage.

Le collectif Ripostes.org
 

  1. La Coalition des Résistances Artistiques, Culturelles et Scientifiques.
    https://coalition-cracs.org/outils-et-ressources/ ↩︎
  2. Campagne Oui 2027, à l’initiative, entre autres, d’ATTAC, de Solidaires, de la Fondation Copernic, de Politis… ↩︎
  3. https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5820 ↩︎