CNews justifie les préjugés racistes, l’Arcom cautionne

Une fois de plus, l’Arcom met tout en œuvre pour justifier une séquence hallucinante pendant laquelle CNews discrimine selon la couleur de peau, les origines et les valeurs. Circulez, il n’y a rien à voir.
Un billet de Sleeping Giants France sur le blog Mediapart.

Janvier 2026 : sur CNews, une séquence concernant Assa Traoré, dans un style dont CNews a le secret : tous les invités et l’animateur sont d’accord pour dénoncer la folie de l’antiracisme et le wokisme qui les empêche de mettre le racisme anti-blanc au même niveau que les autres racismes.

Le direct reprend alors ses droits, avec une manifestation sur l’A64. Commentant les images d’une rangée de policiers sans équipement particulier, repoussant avec respect et délicatesse des agriculteurs qui manifestent, Pascal Praud déclare : 


–  Pascal Praud : « Manifestement les policiers font leur travail et les gens en face sont blancs, euh, vous voyez, non mais c’est important de le dire. Parce que ce n’est pas facile pour les policiers, euh voila, ils sont obligés de s’interposer en plus avec des gens de qui ils partagent parfois même les convictions, ou les … »

– Invité : «… Les origines »

–  Pascal Praud : « Les origines, oui, et parfois même les convictions, les valeurs, et ils font leur job les policiers, et croyez-moi, c’est pas facile pour eux, et c’est ça qu’il faut dire, bien sûr il y a de l’agacement, il y a de l’énervement, quand on est comme ça sur place. »


Nous avions alors signalé cette séquence à l’Arcom, avec le motif suivant : 

« L’animateur considère normal que les policiers ou gendarmes puissent juger les personnes selon leur couleur de peau, considère qu’il serait logique qu’ils aient plus de mal à exercer leur métier (« c’est pas facile ») contre des blancs (considérant également que les policiers et gendarmes le sont), et que seule leur conscience professionnelle les empêche d’exprimer leur racisme.
Il considère donc que ce serait plus facile pour les forces de l’ordre de sévir sur des personnes non-blanches ou ne partageant pas leurs opinions, validant ainsi les préjugés racistes et l’intolérance. »

En effet, il semble que pour l’animateur, les policiers ne pourraient être considérés comme racistes que s’ils refusaient carrément d’exercer leur métier et de se confronter à des personnes blanches.
Et en voulant les défendre, il valide le racisme ordinaire, consistant à éprouver plus de difficultés à sévir sur des personnes de même origine, convictions ou valeurs que sur les autres. Il suppose également qu’une personne non-blanche aurait d’office d’autres origines qu’un policier, blanc. Et que tous les policiers et gendarmes seraient blancs. 

À cette saisine, l’Arcom a exceptionnellement motivé son rejet. Depuis quelque temps en effet, les saisines rejetées ne sont pas explicitées, apparaissant sur une seule ligne dans une rubrique de leur site avec le nom de l’émission, la date et l’heure.

Ici nous avons reçu un e-mail, ce qui semblerait indiquer que le sujet a réellement été débattu en commission. Voici cette réponse : 


Madame, Monsieur,

Vous avez appelé l’attention de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) sur une séquence de l’émission « L’Heure des pros » diffusée sur la chaîne CNews le 13 janvier 2026 au cours de laquelle le présentateur a notamment déclaré : « Manifestement les policiers font leur travail et les gens en face sont blancs. […] Ce n’est pas facile pour les policiers […] ils sont obligés de s’interposer en plus avec des gens de qui ils partagent parfois même les convictions […] les valeurs. […] Et ils font leur job les policiers. Et croyez-moi, ce n’est pas facile pour eux. »

Réunie en collège plénier le 9 septembre 2026, l’Arcom en a délibéré.

L’Arcom a considéré que, s’ils faisaient suite à un débat sur les relations entre la police et les personnes perçues comme noires ou arabes, ces propos suggéraient davantage que les forces de l’ordre disperseraient les manifestants indépendamment de leur couleur de peau, et ne pouvaient être regardés comme incitant à la discrimination ou à la haine envers un groupe visé en raison de sa couleur de peau ou de son origine.

Par conséquent, l’Arcom n’a pas relevé de manquement de l’éditeur.

Soyez en tout état de cause assuré que l’Arcom demeurera vigilante quant au respect, par la chaîne, de ses obligations réglementaires et conventionnelles.

Cordialement,

La direction de la communication


Cette réponse de l’Arcom est lunaire. 

Tout d’abord, est écartée de la citation la mention de l’origine pour ne laisser que les “convictions” et les “valeurs”.

De plus, dire qu’il n’est “pas facile” de traiter les personnes de la même façon quelle que soit leur origine et rendre hommage aux forces de l’ordre de parvenir tout de même à faire leur métier de répression sur des blancs (sans évoquer une possible inégalité dans l’application de cette répression), donc que l’égalité de traitement ne coule pas de source, n’est pas, selon l’institution, une incitation à la discrimination ou à la haine, en fonction de l’origine. Ben tiens, le terme ayant disparu de la citation, ce n’est pas étonnant.

Ce n’est qu’un nouvel exemple de la manière dont l’Arcom évite d’épingler CNews, regarde ailleurs pour tous les cas limites, ne conservant que les plus indiscutables et réduisant les sanctions au strict minimum. Nous en avions déjà fait état dans un précédent billet.

En effet, si l’Arcom commençait à réprimer CNews et à prendre réellement en compte ses manquements de plus en plus clairs à l’approche des élections, elle aurait du mal à justifier de ne pas fermer purement et simplement cette chaîne toxique.
Regarder ailleurs, minimiser les fautes lui permet de jouer la montre et d’attendre que mai 2027 soit passé.