Lundimatin ruiné soutenir le média

Makassar, l’entreprise en charge de la distribution des livres publiés par Lundimatin, est en faillite, une faillite qui va peser sur toutes les trésoreries des éditeurs qui étaient distribués car personne ne va récupérer ce que lui doit ce distributeur. Et pour Lundimatin, comme pour d’autres éditeurs, on ne parle pas d’un manque à gagner mais d’une perte sèche et massive d’au moins 50 000 euros évaporés dans la nature. Donc deux ans et demi de travail, des dizaines de milliers d’euros de frais d’impression, tout cela est parti en fumée, ou plutôt en faillite.

D’une faillite à l’autre

Au regard de nos très nombreuses activités, officielles ou plus discrètes, ce crash dans la vente de livres pourrait sembler marginal, il nous met pourtant dans une situation financière intenable. Lundimatin a toujours été intégralement indépendant, sans publicité, sans subvention et sans abonnement. Tout ce que nous produisons est accessible sans condition à toutes et tous grâce aux dons que nous récoltons mensuellement ou ponctuellement lors d’appels à soutien. Avoir tenu presque douze ans sur ce modèle relève de l’exploit et d’un usage de la débrouille qui pourrait relever de l’œuvre d’art. Mais cela implique une grande précarité économique, de très nombreuses limites et, nous le constatons aujourd’hui, une grande fragilité.

Tout a failli…

Si notre faillite n’était qu’économique, tout cela serait anecdotique. Si notre seule fragilité était financière, tout irait plutôt très bien. En douze années d’existence, nous avons traversé des séquences très diverses, celle dans laquelle nous sommes est de loin la plus délicate, la plus périlleuse et la plus pénible. La fascisation ambiante propage l’impuissance, le ressentiment et la bêtise. Mécaniquement certains ressuscitent toutes les illusions de gauche dans une chasse au moindre mal qui ne sera qu’un pragmatisme de la défaite pendant que d’autres s’arc-boutent dans des postures identitaires radicales aussi déconnectées de tout qu’elles sont surconnectées à l’esseulement des réseaux sociaux et de leur soustraction d’âme.
Nous n’avons plus le vent en poupe, il vient violemment de face. D’où la nécessité impérieuse de tenir le cap.

… Vive lundimatin

Lundimatin n’est pas un journal, c’est un point d’énonciation. Depuis l’éclatement de tout discours unifié et cohérent sur le monde, depuis l’effondrement même d’un monde qu’il s’agirait de rendre intelligible nous avons toujours pris le parti de l’expérience et donc de l’expérimentation. Pour le dire plus clairement, nous pensons que le plus haut degré de la radicalité consiste à appréhender le réel avec toute la finesse et le tact nécessaire. À rebours d’une certaine mystique de la conversion qui voudrait que tel discours ou tel énoncé permette d’éclairer et de conformer les impies, nous partons du principe et du constat que mille pratiques, mille rapports échappent à l’empire de l’économie ou tout du moins n’y sont pas totalement subordonnés. Notre tâche est d’ouvrir l’espace de complicité et de conspiration qui leur permet de se trouver, de résonner et de prendre de l’ampleur, en convergents désaccords. La diversité des formes, des dimensions et des signatures qui se retrouvent dans ce journal en atteste, sa régularité et sa longévité aussi. Nous avons la prétention de constater que nous tenons, envers et contre tout, une place unique et indisputée.

Comment nous soutenir

Le nombre de personnes qui nous soutiennent mensuellement ou ponctuellement, n’a jamais été aussi élevé, preuve s’il en est que notre travail est précieux pour beaucoup. Les sommes données sont néanmoins tendanciellement à la baisse pour toutes les raisons que l’on peut imaginer, c’est un constat partagé par tous les « médias indépendants ». La contraction des revenus de notre lectorat mêlée à l’illusion de gratuité produite par la surabondance des flux d’informations, joue en notre défaveur. À défaut de trouver un Pierre-Edouard Stérin d’ultra-gauche [2]

Pour soutenir Lundimatin, c’est donc par là 

[1] Dans la « chaîne du livre », le distributeur sert d’intermédiaire logistique entre l’éditeur et les libraires. Il stocke les livres, les achemine jusqu’aux librairies, récolte l’argent des ventes et le reverse aux éditeurs. C’est ce maillon qui est cassé et cette dernière étape (rendre l’argent) qui fait défaut

[2] C’est un running-gag qui court dans notre rédaction… prêt à nous financer à perte et pour le fun, nous ne pouvons compter que sur celles et ceux qui estiment que lundimatin doit continuer.
Nous devons donc non seulement combler le gouffre laissé par la faillite de Makassar et substantiellement augmenter le nombre de nos abonnés ainsi que les sommes que nous récoltons pour notre publication hebdomadaire [3]

[3] Pour limiter tout effet de surdramatisation, nous avons…. Ajoutons que vos dons ouvrent le droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant dans la limite de 20 % du revenu imposable. Ce qui signifie que si vous payez beaucoup d’impôts et que vous calculez bien, un don de 1000 euros ne vous en coutera que 340.

Nous sommes des dizaines d’éditeurs indépendants dans cette situation plus que critique, un site récapitule tous les appels à soutien ici : https://www.sauvonslesindes.fr/