À la différence des printemps précédents, celui de 2026 présente la particularité, à un an tout juste des prochaines élections présidentielles, de voir fleurir nombre d’initiatives et d’appels à se mobiliser contre l’extrême droite, la montée du fascisme, un racisme débridé et la mainmise autoritaire et identitaire de quelques milliardaires sur nombre de médias influents ainsi que sur une partie conséquente des industries culturelles.
Faut-il s’en féliciter ou, au contraire, s’en alerter ?
Cette soudaine abondance de déclarations, d’appels, d’initiatives et d’intentions ne traduirait-elle qu’une expression de la nervosité des acteurs et actrices tant du mouvement social que des milieux intellectuels et artistiques, face à une échéance électorale plus que problématique et à une sorte de compte-à-rebours lancinant ?
Exprimerait-elle aussi l’état d’émiettement, voire la sidération en raison du spectacle lamentable et irresponsable, joué par les partis politiques qui s’affirment de gauche, face à la montée du fascisme ?
Passons maintenant d’un pessimisme déprimant à un optimisme prudent.
Et si cette floraison – qui a tardé à éclore et présente des visages qui peuvent sembler différents, avec, pour chacun d’entre eux, des préoccupations prioritaires qui s’adressent à des publics diversement visés – permettait au contraire de mobiliser très largement contre un danger mortel commun ?
Et si tous ces instigatrices et instigateurs faisaient en sorte que les diversités, qui se reflètent au travers de ces différents appels et ces différentes initiatives, parviennent finalement, sur des bases communes, à former un arc-en-ciel au sein d’un même creuset de résistance où ils/elles parviendraient à se fédérer, précisément, dans le respect de ces diversités ?
En reconnaissant et en affirmant que ce qui nous rassemble soit bien plus fort que ce qui pourrait nous différencier.
Et faisant en sorte que le refus catégorique et massif d’une société de haine et de discriminations, d’une société sans droit et sans différences, d’une dictature violente de l’enfermement et de l’uniformité, appuyée sur le culte du chef et un avenir mortifère, devienne notre ciment commun.
Appelons cela converger. D’autres préfèreront le nommer coalition, unité ou encore front unique. Peu importe l’appellation pourvu qu’on ait l’ivresse (raisonnée) du toutes et tous ensemble contre l’extrême droite et le fascisme qui vient et qu’enfin l’espoir change de camp.
La campagne Zapper Bolloré, qui rassemble désormais plus de 4.000 signataires appartenant au monde du cinéma, est particulièrement claire sur son diagnostic : « (…) La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d’idées. En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême-droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif. »
Le texte de la Coalition des Résistances Artistiques, Culturelles et Scientifiques, avec plus de 1.500 signataires, fin mai, ne dit finalement pas autre chose : « (…) sans attendre, nous appelons à nous coaliser contre les soubassements culturels de l’extrême-droite. Et dans cette bataille, les intellectuel.les, académiques ou pas, les enseignant·es, les journalistes et les artistes, les acteurs culturels de toutes fonctions, ont un rôle historiquement décisif. » Nous reviendrons sur ce qui ce sera dit et, peut-être, décidé à la réunion de Montreuil du samedi 30 mai.
Enfin, l’appel Pour une campagne du mouvement social contre l’extrême droite 2026-2027, avec un spectre beaucoup plus large, affirme : « Une puissante mobilisation du mouvement social et citoyen peut encore changer la donne. Nous avons la conviction que leurs avancées sont faites de nos reculs, et nous appelons à faire ensemble, à démultiplier nos forces, à engranger les collaborations militantes, pour mener campagne, dans tous les territoires, urbains comme ruraux, pour défendre massivement les valeurs et les revendications portées par les mouvements sociaux ces dernières années, pour la justice sociale, pour l’égalité des droits, pour l’amélioration des conditions de vie et de travail de toutes et tous, contre le racisme et le sexisme, pour la défense du vivant, les libertés publiques…, en démontrant que les propositions de l’extrême droite tournent le dos à l’amélioration des conditions de vie des populations. »
Ces camarades, organisé.es autour d’Attac, de l’Archipel des Confluences, du Collectif Ripostes, de la Coordination des collectifs citoyens NFP, de la Fondation Copernic, d’Utopia et de Victoires Populaires se réunit toute la journée du 13 juin pour avancer sur les premières campagnes à impulser dès la rentrée.
Cet appel propose à d’autres structures déjà en ordre de marche contre la montée du fascisme, comme Vox Public, 1001 territoires, la Coalition des Résistances, Visa et la Digue, de participer à cette journée.
L’amorce d’une dynamique et d’une convergence indispensable ?
Terminons provisoirement sur la conclusion d’une tribune de Michèle Riot-Sarcey, parue dans Libération du 27 mai 2026 et sur notre site, que nous ne pouvons qu’appuyer :
« A la manière du poète Shelley, s’adressant en 1819 à ses contemporains en ces termes : « Éveillez-vous de votre sommeil, vous êtes nombreux, ils sont peu», la mobilisation d’une population plurielle est la nécessité du moment. Il est vraiment temps de redonner à tous la capacité d’agir contre les prédateurs ; plutôt que de construire un sujet imaginaire de substitution à la classe ouvrière défaite, plutôt que de suivre une opinion électrisée par les influenceurs, nous devrions nous interroger sur l’obligation de rendre le pouvoir à l’ensemble des populations, parfaitement conscientes des dangers qui nous menacent, prêtes à élaborer une alternative crédible, à condition d’organiser partout des débats démocratiques, contradictoires et critiques. »
Philippe Rajsfus