Antisémite un jour…

Puisque le jeune ambitieux aux costards sur mesure, irrésistiblement attiré par les paillettes du luxe et de la jet-set n’a pas cru nécessaire d’avouer ou même – plus habilement – de regretter une erreur de jeunesse, la cheftaine de l’extrême droite n’avait plus à disposition, dans son escarcelle, que deux options aussi périlleuses l’une que l’autre.

La première : débrancher, tout en le répudiant, l’idole des selfies et, dans le même temps, affermir fièrement son philosémitisme de façade.

Inconvénient majeur : perdre en influence auprès de tout un public énamouré de l’arriviste pressé et reconnaître implicitement qu’elle avait laissé l’ambitieux devenir indispensable, en dépit d’un passé sulfureux qu’elle ne pouvait pas ignorer – ayant elle-même assidument fréquenté l’antisémite Soral dans les années 2000 – aux antipodes de la dédiabolisation du parti de la haine.

La seconde : refermer les portes blindées du bunker, pour faire bloc derrière le fautif, pris les deux mains dans le pot de déconfiture ignoble de l’antisémitisme, et faire donner l’artillerie lourde des « ténors » du R-Haine, dans un mélange de victimisation, de complotisme débridé et de menaces violentes à peine voilées, avec tout le soutien des médias Bolloré et d’une presse paresseuse.

Inconvénient majeur, là aussi : traîner désormais comme un boulet le parvenu et prendre le risque de faire s’effondrer la posture d’amour inconditionnel pour les Juifs et Israël, construite avec persévérance depuis une dizaine d’années.

La favorite (actuelle) des sondages ne peut en effet ignorer l’effet boomerang que cette seconde option, qu’elle vient d’adopter après plusieurs jours de réflexion douloureux – en dépit de toutes les preuves apportées par le média en ligne Mediapart – déclenchera inévitablement tout le long de sa campagne.

De surcroît, elle accepte, dès à présent, de subir un chemin de croix qu’elle imagine le plus court possible, misant sur l’oubli et les pages qui se tourneront sur d’autres sujets, dans les semaines et mois à venir.

L’autre pari de cette seconde option, beaucoup plus inquiétant, pourrait également être celui d’une indifférence de son électorat à cette thématique nauséabonde. Le huguenot Henri IV affirmait en 1590 que Paris valait bien une messe ; les électeurs et électrices du R-Haine pourraient bien estimer en 2027 que le dégagisme espéré vaut bien de s’asseoir sur quelques détails accessoires…

Les masques de cette sinistre comédie de la dissimulation tombent enfin au sommet de cette boutique familiale, mitée par l’antisémitisme dans toutes ses strates.

Toutes les composantes de l’AD-Haine lepéniste ont ressurgi puissamment en raison de ces révélations explosives. Le brusque retour en arrière est proprement saisissant. C’est en effet la bave aux lèvres et la menace directe que ces prédateurs, qui n’entendent pas voir leur proie tant convoitée leur échapper, s’expriment publiquement, usant des mensonges les plus grossiers, dont on sait, depuis que les nazis en ont fait un usage immodéré, que plus ils sont gros…

Marine Le Pen et tous les fascistes du parti de la haine, redevenu officiellement antisémite, peuvent compter sur nous pour les accompagner, comme il se doit, dans cette campagne électorale qui promet de ne plus être le long fleuve tranquille qu’elle et ils imaginaient.

Philippe Rajsfus