Une tribune parue en février dernier signée aujourd’hui par plus de 1000 signataires et qui passe à l’organisation de la résistance le 30 mai prochain. Ripostes sera présent.
Et faire obstacle, il le faut, c’est urgent.
Ce n’est pas simple. Les votes RN ont des causes
Le management néo-libéral, en entreprise et dans les services publics, insécurise les salarié·es, démolit les collectifs. Alors chacun.e pour sa peau, le repli sur soi, et les autres, méconnus, fantasmés, semblent des menaces.
Insécurisé·es aussi, les employé·es, les ouvrier·es qui hier, en trimant dur, escomptaient s’en tirer. Les voici smicardisé·es, dans la crainte d’endettements ou de loyers impossibles à régler.
Et pour leurs enfants, l’ascenseur par l’école est brisé, avec Parcoursup et l’Éducation nationale appauvrie. La chute sociale, tous la redoutent.
Alors voter RN, pour un ordre imaginaire, restaure l’idée de sa respectabilité, aide à se distinguer des « plus bas que soi », précaires, souvent immigrés.
Les votes RN sont les symptômes d’une extrême-droitisation multiforme, encouragée par les partis politiques de droite et, hélas, quelquefois par des discours venant de la gauche.
Les violences policières impunies, les discriminations à l’embauche ou pour louer, toutes ces inégalités permanentes envers les racisé·es, les obsessions sur le voile, et les stigmatisations comme « nouveaux barbares » par certains responsables d’État, banalisent les visions ethno-nationales du monde social.
D’autant que des médias d’ultra-droite décomplexée, chaque heure, activent les haines et l’équation islamophobe : insécurité = immigration = musulman.
Parallèlement, les femmes affrontent une offensive masculiniste, qui prône l’inégalité des sexes, la violence verbale et physique envers elles, de la part d’hommes déstabilisés sur le plan identitaire par la dépréciation de la virilité.
En monde rural pauvre ou en monde désindustrialisé, d’où viennent tant de votes RN, il n’y a plus ni services publics, ni médecins, ni bistrots, mais des magasins portes closes, des classes, des églises, fermées. Les fanfares, les clubs sportifs n’y survivent pas. Les anciens sont trop pauvres pour secourir les jeunes. Les enfants ne peuvent secourir les parents.
Les « entre-soi » populaires s’effondrent et, avec eux, les réputations locales, l’estime de soi, qu’ils généraient. Alors, seules restent comme identités positives : « être Français, ça on ne me l’enlèvera pas », « être un mec qui assure ».
Les causes et manifestations de l’extrême-droitisation sont donc solides et diverses. Aussi, endiguer le RN et ceux qui favorisent ses orientations, ne passera pas simplement par des votes. Si on attend ces votes, il sera trop tard. Car la bataille culturelle, nous l’aurons perdue.
C’est pourquoi, sans attendre, nous appelons à nous coaliser contre les soubassements culturels de l’extrême-droite. Et dans cette bataille, les intellectuel.les, académiques ou pas, les enseignant·es, les journalistes et les artistes, les acteurs culturels de toutes fonctions, ont un rôle historiquement décisif.
Sans mobilisation générale de chacune, de chacun, et dès maintenant,
l’extrême-droite va gagner.
Nous en serons plus ou moins responsables
Or nous ne voulons pas de son monde. Nous ne voulons pas d’une chasse aux migrant·es. Car, non, ce n’est pas l’immigration qui remplit les prisons, c’est en réalité la pauvreté. L’immigration, au contraire, nous enrichit, culturellement, économiquement.
Non, il ne faut pas une flambée de lois sécuritaires, des IA qui contrôlent tout et partout, toujours plus de prisons, des violences policières, des défenses de manifester, une criminalisation du droit de penser.
Il ne faut pas une exaspération des défiances, une société de surveillance, avec blanc-seing pour les professions d’ordre, des managers tyranniques aux patrons à poigne en passant par les sociétés privées de sécurité.
Non, les enseignant·es ne doivent pas se muer en sergents-majors, avec des élèves docilisés, en uniformes.
Les élus RN protègent les riches, or nous voulons une redistribution réelle des immenses richesses produites, élever les salaires, plus de services publics, élargir les protections sociales et écologiques.
Nous refusons aussi la privatisation intégrale de l’audiovisuel.
L’extrême-droite voit des « wokes » partout, attentant aux « fondations de la civilisation française ». Pour nous, le féminisme, la culture LGBTQI, l’anticolonialisme, ne menacent personne mais ouvrent mille possibilités neuves.
Nous combattons toutes les formes de racisme, dont est victime une partie importante de la population, que ce soit pour sa couleur de peau, sa religion, son nom, son lieu de résidence, son pays d’origine réel ou supposé tel.
À l’international, l’extrême-droite au pouvoir, ce sont des permis de polluer à foison. Alors qu’il est urgent d’imposer un immense stop, aux intérêts associés pour faire du fric qui ravagent le vivant, le ciel, la terre.
Le monde que l’extrême-droite fabrique n’est pas le nôtre.
Elle ne passera pas si en amont des votes, nous nous engageons à défaire ses représentations du monde.
Et à inventer un nouvel imaginaire politique qui rendra les rapports sociaux égalitaires, libres, joyeux, hospitaliers.
C’est pourquoi, parce que l’heure est maintenant cruciale, et car il y a danger, nous appelons ce mois de mai 2026 les acteurs culturels de toutes spécialités, à créer une Coalition des Résistances Artistiques, Culturelles et Scientifiques (CRACS).
