Quand j’écoute béat un solo de batterie
V’là la java qui râle au nom de la patrie
Mais quand je crie bravo à l’accordéoniste
C’est le jazz qui m’engueule me traitant de raciste
(Claude Nougaro – Le Jazz et la Java)
En chantant, en tapant des mains ou sur des percussions, en rappant, en slamant, en exprimant sa joie, sa tristesse ou sa détermination. En jouant d’un instrument de musique, quand on a eu la possibilité d’en apprivoiser un et, surtout, d’en posséder un à soi, compagnon de solitude ou, au contraire, d’élans collectifs.
Chaque musique, chaque chant contiennent leur part de rêve ou d’évasion, mais expriment également des souvenirs, des espoirs, des protestations et des revendications, à travers une diversité de situations personnelles ou collectives.
Les luttes et les résistances ont, de tout temps, produit une diversité d’expressions musicales à chanter, à jouer, à siffloter.
Que ce soit parmi les esclaves noirs, dans les champs de cotons des États du Sud de l’Amérique coloniale, qui donneront naissance aux negro-spirituals ou encore des expériences de révoltes qui produisent parfois des légendes, grâce des complaintes comme celle de Mandrin, au milieu du XVIIIe siècle, dont la bande s’attaque aux riches et aux puissants, dans une société cadenassée par l’absolutisme et l’obscurantisme religieux.
La Révolution française a produit nombre de chants ou de chansons dont les paroles ou les mélodies, qui ont accompagné ce moment de liberté, parlent encore à nos oreilles. Il en va de même avec la révolte des Canuts à Lyon dans les années 30 et 40 du XIXe siècle – Nous sommes les canuts et nous allons tout nus. Mais notre règne arrivera quand le vôtre finira… – la révolution de 1848 n’est pas en reste avec un répertoire ouvrier lié aux Ateliers nationaux.
La Commune de Paris en 1871, dont La Semaine sanglante évoque à la fois la tragédie et l’aspiration renouvelée à une société d’égalité réelle et d’émancipation, produira pendant et après cette courte révolution émancipatrice de 72 jours, un répertoire significatif de chansons, régulièrement reprises et réinterprétées.
(cf. https://faisonsvivrelacommune.org/la-commune-en-chantant/)
Bella Ciao, connait un succès médiatique inattendu et sans précédent, au tournant des années 2010. A l’origine chant de luette d’ouvrières agricoles du Nord de l’Italie, qui se lèvent très tôt pour l’embauche et endurent des conditions de travail dignes de l’esclavage au tournant des XIXe et XXe siècles – Alla matina… il sera repris durant la seconde guerre mondiale. Il deviendra le chant de ralliement des Partisans italiens et un incontournable du répertoire des chants révolutionnaires de l’après mai 1968.
Il y a encore, plus près de nous, le Chant des Marais écrit et mis en musique, dès 1933, par des détenus allemands des premiers camps de concentration érigés par les nazis. La mélodie en sera reprise en 1971 pour la création de l’Hymne des Femmes par des militantes féministes.
Toujours en 1968, la révolte étudiante et la grève générale ont donné naissance à de multiples chansons dont Le Joli mois de mai à Paris (Théâtre de l’Épée de Bois), J’veux faire la révolution (Evariste) ou encore plusieurs chansons de Dominique Grange comme Les nouveaux partisans et À bas l’État policier.
(cf. https://www.mauricerajsfus.org/2024/05/24/dossier-de-presse/)
Les révoltes des townships, dans l’Afrique du Sud raciste, des années 1960, aux années 1980, ont également produit nombre de chants et de danses, popularisés par des artistes sud-africains qui étaient eux-mêmes opposés au régime sanguinaire de Pretoria, comme Johnny Clegg, auteur-interprète de Asimbonanga, succès mondial qui rend hommage aux combats de Nelson Mandela contre l’apartheid et le racisme.
Aujourd’hui, alors que les marchands de haine et d’exclusion, les bateleurs du repli sur soi et du retour à une existence fantasmée d’un entre soit blanc, font florès, chansons et expressions musicales doivent, plus que jamais, contribuer à défendre la diversité et la richesse des différences et du mélange culturel, source infinie de création.
La Fête de la musique, par définition joyeuse, collective, récréative se déroule sur tout le territoire et fédère des milliers d’initiatives ; à l’opposé – par sa diversité et ses différences affichées – du cercueil pseudo culturel d’exclusion et d’enfermement raciste et xénophobe que veulent nous imposer le R-Haine et toutes les droites qui leur courent après.

Unissons nos complémentarités. Entraidons-nous, pour faire de ce 21 juin 2026 une Fête de la musique antifa.
Profitons de ce moment culturel unique pour déclarer, avec toutes les musiciennes et tous les musiciens qui y souscriront, la guerre à l’uniformité et à la mise au pas qui nous sont promises par les marchands de haine.
Une occasion ouverte et festive de préparer, juste avant la coupure estivale, une première grande mobilisation, prélude aux indispensables combats antiracistes et antifascistes communs de la rentrée.
Terminons avec Claude Nougaro, authentique adepte du mélange et du dialogue entre les cultures et antiraciste déterminé, avec le dernier couplet de Armstrong :
Armstrong, un jour, tôt ou tard,
On n’est que des os…
Est-ce que les tiens seront noirs ?
Ce serait rigolo
Allez Louis, alléluia !
Au-delà de nos oripeaux,
Noir et Blanc
Sont ressemblants
Comme deux gouttes d’eau
Philippe Rajsfus